e président de la République doit officiellement installer, jeudi 30 août, la commission pour la "libération de la croissance française" présidée par Jacques Attali, lors d'une cérémonie à l'Elysée. L'ancien conseiller de François Mitterrand, président de PlanetFinance, doit remettre une première version de son rapport avant la fin octobre et son texte définitif à la fin de l'année.
Nicolas Sarkozy et François Fillon ont comparé l'objectif de la commission Attali à celui assigné, en 1960, au rapport de Jacques Rueff et Louis Armand, par le général de Gaulle, pour "supprimer les obstacles à l'expansion économique". "Nous travaillerons sur le pouvoir d'achat, la justice sociale, la fiscalité, la création d'entreprises, mais aussi sur le rôle de l'Etat, les mutations culturelles, etc. Tout est ouvert", explique au Monde M. Attali.
Parce qu'il partage avec le Prix Nobel de l'économie américain Edmund Phelps la conviction que "le retard français de croissance est d'abord une affaire culturelle, de mentalités", M. Attali a fait venir dans sa commission Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et théoricien de la résilience, cette capacité des êtres vivants à reprendre un développement normal après un traumatisme, et le Britannique Théodore Zeldin, auteur d'une célèbre Histoire des passions françaises.
SUJETS "LILLIPUTIENS"
Interrogé sur l'ouverture des magasins le dimanche et sur les professions réglementées comme les taxis, qui figurent dans la lettre de mission du président de la République et du premier ministre et sur lesquelles plus d'un gouvernement s'est cassé les dents, M. Attali juge ces sujets "lilliputiens", eu égard au caractère "sans limite" du champ d'investigation de la commission.
Dans un domaine largement exploré depuis trente ans, du classique Malinvaud-Carré-Dubois sur La Croissance française (1972) au rapport Camdessus de 2004, intitulé "Le Sursaut. Vers une nouvelle croissance pour la France", M. Attali se propose d'innover.
Aussi veut-il "rendre un rapport pas comme les autres - non technique - , suivre la mise en oeuvre des recommandations de la commission, proposer au gouvernement une manière de faire, et pourquoi pas évaluer, dans un an, ce qui aura pu être fait."
Pour que le débat naisse et que se produise "un choc des mentalités", l'ex-"sherpa" de Mitterrand s'apprête à lancer le site liberationdelacroissance.fr, accompagné de vingt-neuf blogs.
M. Attali s'est entouré de quarante-deux personnalités d'horizons divers. Il a "recruté" cinq économistes, parmi lesquels Philippe Aghion, professeur à Harvard et l'un des théoriciens majeurs de la croissance, et Jacques Delpla, coauteur d'un ouvrage décapant sur le changement, intitulé La Fin des privilèges : payer pour réformer.
Des présidents de grandes entreprises - Anne Lauvergeon (Areva), René Carron (Crédit agricole), François Villeroy de Galhau (Cetelem), etc. - côtoient dans la commission des patrons de PME, des acteurs engagés dans la lutte contre les discriminations, des consultants et des personnalités européennes comme l'Espagnole Ana Palacio, vice-présidente de la Banque mondiale, la socialiste allemande Evelyne Gebhardt, rapporteure de la proposition de directive sur les services, et l'Italien Mario Monti, ancien commissaire européen et président de l'université Bocconi de Milan