Bonjour, je m'appelle Judith, j'ai 37 ans. J'ai quitté le Canada pour me marier en Europe. J'ai quitté mon mari deux mois après, nous n'avons jamais eu d'enfants, puis j'ai décidé de m'installer à New York. Aujourd'hui, j'ai décidé de revenir chez moi pour régler le sort de ma mère. Elle va mourir. Je n'ai pas d'homme dans ma vie, je n'en aurai jamais plus. Je n'ai pas d'enfants, pas parce que je n'ai pas d'homme pour m'en faire, mais parce que je ne veux pas en avoir. Mon seul enfant, c'est ma soeur Micheline, que j'ai élevée, parce que notre mère était trop occupée à tromper notre père. Je ne sais même pas si Micheline aura encore envie de me voir. J'ai juste envie de boire, boire pour oublier.
Bonjour, je m'appelle Joanne. J'ai 40 ans. Je suis la soeur aînée de Judith. Je suis médecin. Médecin et alcoolique. Deux patients sont déjà morts par ma faute. Mon mari veut divorcer. Ce salaud couche avec sa secrétaire. Il n'est pas encore parti, mais je sens que c'est imminent. Ma mère va mourir, on ne peut plus rien pour elle. Ma vie est un fiasco total, personnellement et professionnellement. Aujourd'hui, je fais le bilan. J'ai envie de mourir, ne plus résister, et lâcher prise.
Bonjour, je m'appelle Jacqueline. J'ai 48 ans, et ma petite maman chérie va mourir. C'est mon modèle, mon héroïne. J'ai toujours voulu lui ressembler. Je vis dans la maison à côté de la sienne, pour venir m'en occuper tous les jours. Je délaisse mes enfants et mon époux pour lui consacrer mes restants de vie. Je voudrais tant qu'elle me reconnaisse une dernière fois avant de partir. Je ne veux pas qu'elle meure, je suis encore trop jeune et trop petite pour qu'elle nous laisse orphelines, mes soeurs et moi.
Bonjour, je m'appelle Micheline. Je suis la petite dernière. Je suis le fruit de ma mère et de son amant. Un jour où je devais m'occuper d'elle, je lui ai tapé dessus, pour me venger de ce qu'elle m'a fait subir. Depuis, je joue l'amnésique, ça m'évite tout contact avec le monde réel. Il faut que je trouve un moyen de quitter cette maison, pour toujours.
Bonjour, je m'appelle Samuel, mais vous pouvez m'appeler Judith, Joanne, Jacqueline ou Micheline. C'est sans importance. Il se cache chez chacune de ses femmes un élément de ma vie, ou l'un de mes doutes, dont je pourrais vous parler si je n'avais pas peur, ni de vous ni de moi. Un jour, peut-être.