Je reproduisais il y a peu ici même un article de Samuel Laurent, du Figaro, intitulé "Allègre et le PS, histoire d'un divorce". Ce matin, c'est sur l'entretien que Claude Allègre a accordé à Jean-Michel Aphatie que je désirerais revenir. Nous savions tous qu'Allègre n'est jamais tendre dans ses analyses, mais ce matin, dans ma salle de bain, j'ai failli en avaler mon dentifrice. Je crois que JMA lui-même a été étonné de voir son invité saisir aussi vite et fort les perches critiques qu'il lui tendait, en journaliste politique expérimenté. Voici le sentiment qu'il en a retiré, du moins tel qu'il le confie sur son blog :
"Son livre est une entreprise de démolition du parti socialiste et de ses principaux dirigeants. François Hollande, Ségolène Royal, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Laurent Fabius, Lionel Jospin, y sont sévèrement traités, coupables, selon Claude Allègre, d'avoir trop peu réfléchi aux problèmes de la société française et de s'être préoccupés surtout de cuisine ou de tactique. L'ancien ministre a concentré sa critique dans un mot, ce matin, au micro de RTL, dirigé contre François Hollande: "magouilleur". Rarement, une pensée est aussi violemment exprimée.
Ce jugement, que chacun est libre de partager ou pas, trouve son prolongement dans l'expertise du message que porte depuis des années le parti socialiste. Cet aspect du livre de Claude Allègre mérite que l'on s'y attarde. Avec le RMI, un mauvais contrôle des allocations chômage, les RTT, "nous avons créé une société d'assistés", dit-il. Ce type de propos est exceptionnel chez un socialiste. Il est la pire auto critique que l'un des membres de ce parti puisse exprimer. Il dit l'erreur d'appréhension, de compréhension, des évolutions d'une société moderne."
Déjà dans l'entretien accordé à Libération le jour même perçait un ton nettement incisif :
"C'est finalement avec François Hollande que vous êtes le plus sévère…
Il est le responsable principal de toute cette pagaille. Il a joué au plus fin avec tout le monde, et il a perdu. Il est allé chercher Jospin, il a encouragé sa compagne… Il pensait que plus le marigot était rempli de crocodiles, plus il avait de chances. Il a foutu un bordel noir.
Peut-il aujourd'hui poser les bases de la fameuse rénovation du parti ?
Faute de trouver quelqu'un pour le remplacer, il peut être le dénominateur commun. On a connu ça avec Guy Mollet : à chaque fois, il y a eu des rénovateurs pour le contester. Et, à chaque fois, il s'en est sorti… Hollande a menti à tout le monde, et plus personne ne lui fait confiance. Mais il a encore la moitié des secrétaires fédéraux avec lui, et une base militante. Il demeure très fort dans le parti. Il pourrait devenir le mouton enragé du film.
Pourquoi êtes-vous si dur avec les jeunes lions , que vous qualifiez de jeunes chacals ou hyènes ?
Ils n'ont pas la moindre idée. Valls propose de remplacer le mot socialisme par gauche , Montebourg, comme d'habitude, veut changer la Constitution… Il n'y a rien. C'est le vide. La rénovation du PS, ce n'est pas eux. Plutôt des jeunes comme Razzye Hammadi, Bruno Julliard… Ou Benoît Hamon. Même s'il est un peu vieux…
[...]Quelle est votre opinion sur l'ouverture ?
Le parti a traité Kouchner ou Jouyet [secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, ndlr] de telle manière qu'il n'a rien à Âdire : jamais utilisés, jamais consultés… Ségolène s'est conduite d'une manière innommable. Et puis, l'ouverture, tous les présidents l'ont tentée : De Gaulle, Mitterrand, Chirac… Sarkozy a fait comme eux.
Et Rocard, qui intègre une commission sur l'éducation ?
Il est anormal qu'on trouve ça anormal. Dans toutes les démocraties, dans les commissions de réforme, on met des gens de la majorité et de l'opposition.
Vous qui aviez rencontré Sarkozy, céderiez-vous à l'ouverture ?
Ce n'est pas à l'ordre du jour. Mais l'avenir n'est écrit nulle part.
Le PS survivra-t-il ?
Le parti s'en sortira. Mais pas de sitôt. La situation de la gauche est comparable à celle du parti conservateur quand Tony Blair a gagné. La rénovation prendra dix ou quinze ans."
Or c'est à propos du PS justement que Claude Allègre a précisé son diagnostic ce matin chez Aphatie. Extraits :
"Page 15, vous écrivez ceci : "La caractéristique des Socialistes, c'est qu'ils ne travaillent pas énormément. Beaucoup sont d'authentiques paresseux". Alors, paresseux, en Politique, ça veut dire quoi pour vous, Claude Allègre ?
Ils ne travaillent pas.
Ils ne travaillent pas, quoi sur la société française ? Ils n'essaient pas de la comprendre ?
Eh bien, oui, ils ne travaillent pas. Ils ne réfléchissent pas. Y'a plus de groupes d'experts. Y'a qu'à lire le Programme du Parti Socialiste, c'est un patchwork dans lequel on parle de ceci, de cela, de ceci. Y'a pas d'idées, y'a pas de corps de doctrines, y'a pas de réflexions d'ensemble. Ils n'ont pas travaillé.
[...]Vous pensiez que [François Hollande] était un grand dirigeant ? Et puis vous êtes déçu ?
Je pense que c'est un homme intelligent, vif, sympathique. Je pensais qu'il avait la stature de devenir un dirigeant et je me suis aperçu que c'était un magouilleur. C'est Guy Mollet. Et je pense qu'il n'est pas éliminé du jeu politique. Je pense que comme Guy Mollet ... Vous savez : vous, vous êtes peut-être un peu jeune mais à la SFIO [...], c'était très, très amusant parce qu'il y a eu des tas de réformateurs à la SFIO, des couches successives. Alors, à chaque fois, Guy Mollet disait : je ne serai pas l'obstacle à la rénovation. Et puis le congrès d'après, il était réélu Secrétaire Général. Alors, là , je crains qu'on fasse exactement la même chose.
[...]Vous êtes encore de gauche, vous allez être exclu du Parti Socialiste avec ce discours, Claude Allègre ?
Non. Non, mais je ne reprendrai pas ma carte au mois de janvier.
Vous vous auto-excluez ?
Non, je ne m'auto-exclue pas. Je me mets de côté. Je n'approuve pas ce qui se passe ; donc je me mets de côté. Si demain, une nouvelle direction, etc ... Je re-rentrerai au Parti socialiste. Ca me fait un peu mal au coeur parce que ça fait 34 ans que je suis membre de ce parti. Je connais beaucoup de monde, j'ai beaucoup d'amis. Mais voilà ! Non, non ... Non, non, je ne m'auto-exclue pas du Parti socialiste. Je reste profondément de gauche et beaucoup plus d'ailleurs que le programme du Parti socialiste.
D'accord. Alors, pour finir, que les auditeurs le sachent, vous dites, c'est votre dernière phrase : "J'observe avec beaucoup d'intérêt et je le dis, d'admiration : les efforts de Nicolas Sarkozy pour moderniser la France".
Absolument."
A bon entendeur...