L'actualité de Dominique de Villepin s'étant étirée ce matin jusque chez Jean-Michel Aphatie sur RTL, je prolonge brièvement mon billet d'hier, dans le but d'être plus complet. Et permettez-moi de vous livrer ce scoop : Dominique de Villepin semble décidé, au vu de ses dernières déclarations, à prendre la tête de l'opposition.
Je vous laisse découvrir vous-même l'entretien, préférant m'intéresser à ses coulisses, car comme le précise JMA sur son blog : "On sent bien qu'il ne livre pas totalement le fond de sa pensée au micro. Il l'a fait davantage lors du petit-déjeuner qui a suivi l'interview."
Et, vous vous en doutez, l'analyste de RTL ne se prive pas, pour notre plus grand bonheur, de nous restituer le fond de la pensée en question :
"A l'écouter, d'abord la politique économique choisie manque de clarté. La réforme des heures supplémentaires lui paraît marginale et il ne voit pas ce qui, dans les annonces du nouveau président de la République, peut susciter la confiance auprès des acteurs de l'économie. Il a pointé aussi, dans ce cadre privé, l'écart qui existerait, selon lui, entre une présence médiatique forte et un changement concret. "Regardez le déplacement en Corse, a-t-il notamment dit en montrant les journaux qui étaient devant lui. Il n'y a rien de nouveau dans les propos tenus, rien qui soit de nature à faire évoluer la situation.".
Dans la même veine, il s'et dit inquiet des conséquences que pourrait avoir l'irrespect de la promesse faite par le candidat Sarkozy sur la diminution du nombre de fonctionnaires. De l'engagement de supprimer un poste sur deux lors des départs en retraite, le nouveau pouvoir s'est finalement contenté de n'en supprimer qu'un sur trois. "En agissant ainsi, a dit Dominique de Villepin, on perd sur les deux tableaux. On mécontente les fonctionnaires et on déçoit les électeurs. Au bout du compte, c'est le désenchantement."
Dans ce contexte, a-t-il encore analysé, il faut craindre le phénomène de cour, l'incapacité où se retrouverait le pouvoir, faute d'opposition, faute aussi d'avoir mis en place des structures indépendantes à la tête de l'UMP, à percevoir la réalité d'une opinion publique, à en saisir suffisamment tôt les frustrations et les mécontentements, Ã s'enfermer ainsi dans une bulle artificielle de satisfaction et de déni de la réalité."
En d'autres termes, c'est fait, c'est dit : à cause de Sarkozy, la France est en péril. La politique du gouvernement et du Président, malgré ses 71% de soutien populaire, ne peut qu'être synonyme de "désenchantement", car "il n'y a rien de nouveau dans les propos tenus, rien qui soit de nature à faire évoluer la situation". Même Hollande, dont personne ne niera pourtant l'anti-sarkozysme viscéral qui l'amène parfois à défendre des thèses irrationnelles juste par réflexe d'opposition, n'avait osé aller si loin.
La porte-parole de l'UMP, Nadine Morano, ne s'y était d'ailleurs pas trompé, en répondant hier aux premières allégations :
"Nous, on a les mains dans le cambouis et dans le charbon, d'autres ont les mains dans les poches. [...] Nous avons la chance d'avoir un président actif, efficace, avec des promesses qui ont été tenues, une session parlementaire qui a été très dense, qui a donné des résultats, nous allons continuer sur cette route, sur cette méthode, jusqu'à la fin du quinquennat."
Au travers de cet épisode réapparaît dans le ciel pourtant dégagé du paysage politique français le vieux spectre d'une vieille droite, qu'incarne irrémédiablement Dominique de Villepin. Cette conception de la politique passéiste, figée, sclérosée que Nicolas Sarkozy a renvoyé dans les musées de la République voudrait couler le navire France plutôt que de sombrer seule. Ce faisant, M. De Villepin poursuit un parcours déjà ancien, auquel il faut reconnaître une unique cohérence : évincer Sarkozy, par tous les moyens. Souhaitons que ses efforts chétifs soient toujours couronnés d'autant de succès que ce qu'ils le furent jusqu'à présent.