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L'ENIGME VILLEPIN

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Dominique de Villepin était ce lundi 27 août au soir l'invité de Patrick Poivre d'Arvor, au 20 heures de Tf1. Il s'agissait avant tout pour lui de s'expliquer sur l'affaire Clearstream, mais aussi d'évoquer, même rapidement, son dernier livre, Le Soleil noir de la puissance, dont le sujet reste focalisé en apparence (après les Cent Jours) sur Napoléon Ier... c'est-à-dire, selon ses propres mots, sur l'itinéraire d'un homme à qui tout réussit, mais qui porte en lui déjà le germe de son déclin inexorable et soudain. Toute ressemblance, etc.

Le lendemain matin, rompant le fil de son billet sur son invité du jour, Bernard Thibault, Jean-Michel Aphatie revient sur cette intervention : "Patrick Poivre d'Arvor, qui l'interrogeait, cachait à peine les sentiments hostiles que lui inspire l'ancien premier ministre. Le livre que ce dernier consacre à Napoléon, et qui sort ces jours ci, a à peine été mentionné à l'antenne, même pas montré, contrairement aux usages. Être au pouvoir ou ne plus y être change parfois la manière dont on est traité."

Cette phrase m'a interpellé : si tenté qu'il soit avéré que PPDA avait une attitude orientée (ce que je n'ai, pour ma part, pas remarqué), et sans excuser celle-ci, est-ce vraiment l'absence de pouvoir politique de Villepin qui l'a influencée, ou bien la gravité et le caractère méprisable des actes dont il est suspecté?

Il est vrai qu'à l'issue de l'entretien, l'on aurait donné au brave Dominique le bon Dieu sans confession la présidence sans élection. Il était touchant d'entendre l'ancien Premier Ministre mis en examen le 27 juillet par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons pour "complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol, recel d'abus de confiance et complicité d'usage de faux", s'exprimer la main sur le coeur quant à sa bonne foi :

"Dans cette affaire, on me fait un procès d'intention politique, à partir d'éléments que l'on suppose que j'ai connus, que l'on suppose que j'ai eus en main et que je n'ai pas eus en main.[...] Dans ma démarche il n'y a pas d'ambition personnelle, et je trouve quelque peu piquant qu'aujourd'hui on veuille me présenter comme quelqu'un qui a voulu éliminer un soi-disant rival, sachant justement que je n'ai jamais fait preuve d'ambition personnelle en matière politique.[...]J'ai consacré trente ans de ma vie au service de mon pays. Aujourd'hui, je vis la suspicion et ma famille, mes proches en souffrent. [...] Je n'ai rien à cacher mais je veux surtout que la justice puisse agir rapidement. […] Ce que je peux vous dire c'est que la vérité apparaîtra et que la lecture politique,l'hypothèse d'une lecture politique, apparaîtra comme fausse."

Et pourtant, à l'image de Christophe Barbier, il était malgré tout difficile en écoutant les mots du flamboyant chevelu de ne pas avoir l'impression d'être pris sévérement pour un c.., notamment quand il s'agissait de prouver à la France à quel point le serviteur de la République injustement mis en cause avait été un farouche supporter de Sarkozy, et ce dès la première heure. Afin d'en avoir le coeur net, reportons quelques semaines en arrière, à l'époque où l'Express traitait avec intelligence et précision de l'affaire Clearstream. Extrait :

"En ce début mai [2004], [Dominique de Villepin] affiche sa satisfaction. A en croire Gergorin, qui le rencontre le 19 mai, il se serait montré jubilatoire, mais, surtout, soucieux de ne pas apparaître dans le scénario . Sous-entendu: la démarche effectuée auprès de Van Ruymbeke. Le général, qui n'a pas été informé de cette décision, est furieux. Il mesure le risque d' embarquer la justice dans un jeu dangereux. Désormais, puisque la machine est lancée, il faut l'exploiter. A la fois publiquement et politiquement. Dominique de Villepin suit non sans plaisir les développements de cette histoire. Se répandant en phrases assassines. Nicolas est cuit: il a une vilaine affaire aux basques , confie-t-il, le 7 juillet 2004, au sortir du Conseil des ministres à Jean-Pierre Raffarin.

Quelque temps après, s'entretenant avec Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, qui a publié en couverture un article avalisant la thèse de Gergorin, Villepin en rajoute, dans un langage fleuri: Sarkozy, c'est fini. Si les journaux font leur travail, et qu'ils ont des couilles, il ne survivra pas à cette affaire-là . Soucieux d'entretenir ce feuilleton qui, pense-t-il, écartera un rival de la course à la présidentielle, Villepin, devenu entre-temps ministre de l'Intérieur, demande à la DST d'enquêter... Mais officieusement."

A la lumière de ces déclarations, il reste difficile de ne pas considérer l'affaire sous un jour politique, d'autant que Villepin, jusqu'à hier soir, et si l'on excepte son soutien du bout des lèvres à Sarkozy en toute fin de campagne présidentielle, n'a jamais fait mystère de son mépris sa distance envers celui qui fut son ministre de l'Intérieur. D'aucuns ont encore en tête la partie d'échec médiatique qui opposa, à la Baule, un Villepin dénudé et ruisselant à un Sarkozy enrhumé, gagnée sans aucune contestation possible par le premier, d'ailleurs. Qui pourrait parler après cela d'absence "d'ambition personnelle en matière politique"? D'autant qu'encore plusieurs mois après, en apparence, tout restait possible pour Villepin.

Je devine sans peine que le fait d'évoquer aussi librement une lutte fratricide (toujours taboue) au sein d'une majorité au pouvoir peut paraître maladroit, voire déplacé, et ce alors même que le Président Sarkozy a pourtant toujours parlé avec franchise de la nature des relations qu'il entretenait avec le clan Chirac, dont Villepin était l'un des piliers. Alors soyons aimables, et puisque Villepin aime les références napoléoniennes, rappelons-lui courtoisement cette citation de Bonaparte, que j'avais eu déjà l'occasion de dédicacer aux villepinistes pendant la campagne présidentielle, ébahi que j'étais devant leur volonté absolue de supprimer politiquement Sarkozy :

"Mon Dieu, protégez-moi de mes amis... Mes ennemis, je m'en charge !"


Source : hautetfort.com
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