Tarte aux fruits
Le but de la théorie économique est de faire dela richesse une question purement quantitative, unequestion depâtisseriequi conçoit le monde commeun gros gâteau et les hommes comme une myriadede petits pâtissiers. Si le monde est une tarte, celamontre à l'évidence que ce qui peut advenir de mieux,c'est que d'une part la tarte grossisse et que d'autrepart chacun puisse en avoir une part égale. Lessalauds de riches auraient donc pour tort, selon cettethéorie, de croquer une part de gâteau scandaleusement grosse.
Tarte soufflée aux framboises
La critique de ce monde selon cette théorie serait donc de veiller à ce que chacun aitbien une part strictement égale à celle des autres,une petite part évidemment, puisque aussi gros quesoit le gâteau, toute part individuelle, quand ellessont toutes égales, est nécessairement petite, en unmotfinie.Et tandis que tous s'activent au fournilafin de reconstituer le gâteau dissipé par leur gourmandise ?hou !le vilain défaut ?le rôle desriches devrait se borner à manier scrupuleusement la pelle à tarte géante qui doit permettrele partageéquitable entre chacun des petits pâtissiers. Dansune version ultra-moderne de cette trivialité, ce ne sont plus les riches qui manieraient la grande pelleà tarte mais tous, ensemble.
Pelle à tarte Herbier du roi
La tarte etson partageseraient auto-gérés. Et rendez-vous compte, nouspourrons choisir nous-mêmes si le gâteau sera à lapistache, aux framboises ou à la vanille, voire mêmeaux trois. Quelle orgie !Selon les variantes les plus modernes de cette absurde théorie, il y aurait mêmedes parts de tarte, certes un peu plus petites, il nefaut quand même pas abuser, pour les récalcitrants à ce genre de bonheur qui ne voudraient pas s'activer au fournil voire même qui déclineraient les offresde participer à la tâche hautement honorifiquedupartageavec la grande pelle à tarte.
Tarte au chocolat
Et selon cetteremarquable conception ?nous arrivons en fait àsa racine ?si les hommes vivent en société, si les hommes vivent dans une grande pâtisserie industrielle au lieu de fabriquer chacun son petit gâteau,chacun dans son coin, comme font les animaux ?certains du moins ?c'est seulement parce queles parts individuelles d'un gros gâteau fabriqué encommun sont bien plus grosses que les petits gâteauxindividuels fabriqués chacun dans son coin. Commec'est gentil ! Et si les hommes modernisent sans cesse le fournil c'est seulement parce que les gains de productivité permettent ainsi de fabriquer ungâteau beaucoup plus gros et donc des parts individuelles plus grosses et permettent même, suprême luxe, de travailler moins. »
Jean-Pierre Voyer, Rapport sur l'état des illusions dans notre parti suivi de révélations sur le principe du monde, Institut de Préhistoire Contemporaine, 1979, p. 88-89.
De très nombreux textes de l'auteur sont disponibles sur son sitehttp://perso.orange.fr/leuven/
Tarte aux mirabelles
« Le besoin est la mine des riches, mine inépuisable, mine enchantée.»
Lu surLe knock-blot de M. Ripley.