Ce matin on apprend que les deux groupes ont décidé de fusionner pour former le 4 ème groupe mondial de l'énergie. Le montage financier semble reposer sur la mise en filiales des activités environnement de Suez et l'absorption de GDF par la partie restante (la partie purement énergie).
S'agit il pour autant d'une privatisation de GDF ? Certain vont crier que oui et d'autre que non. Explication de texte. En 1936, le Front Populaire avait décidé de mettre sous tutelle (nationaliser) de l'état un certains nombre d'entreprises. Cela ne passait pas par une nationalisation complète (100% du capital), mais par la prise d'un minimum de poids dans l'actionnariat, pour avoir une minorité de blocage vis à vis des décisions prisent. Cette technique permettait de ne pas trop "endetter" l'état mais de lui garantir la main mise sur des secteurs clés de l'économie.
Après 1945, le CNR a lui décidé d'étatiser (de nationaliser) totalement certaines industries. Ainsi naquis EDF,GDF et d'autres. En 1981, l'équipe Mitterrand décide de relancer les nationalisations. Et prend donc 100% des parts de certaines sociétés.
Est ce un mal ou un bien ? Difficile à dire, tant les expériences furent multiples et différentes : Renault, le Crédit Lyonnais, la Caisse d'Épargne, etc... Toujours est il que l'on peut aussi se dire que ce n'est pas forcément le role de l'état de construire des voitures ou des centrales atomiques. Mais que c'est son rôle d'exercer la vigilance qu'il faut pour que ces biens soient le moins dangereux possible.
Mais dans le cas Suez / GDF, c'est plus une nationalisation du gros ensemble, qu'autre chose. En effet dans le groupe final, l'État garde plus de 34 % des actifs, et donc une minorité de blocage. Pour l'instant. Car si demain l'Etat vend des parts de ce gâteau, là on sera face à une réelle privatisation. Alors privatisation ou pas ? Cela seul l'avenir nous le dira, et la politique gouvernementale sera la seule à définir le devenir de la nouvelle entité.
Mais revenons un instant sur la cession par Suez de son pôle environnement. C'est là que le plus inquiétant se profile. Car la nouvelle entité crée se sépare de tout ce qui aurait pu faire le développement durable de la société. Ainsi, on risque de poursuivre la politique de GDF, politique pourtant basée sur un mensonge : le gaz naturel serait une énergie renouvelable. Pourtant on sait que ses réserve couvre à peine les 100 ans à venir. Et que donc, le nouveau groupe va devoir se résigner à faire une pression maximale pour avoir un profit maximum dans les 20 ans à venir. Cela ne présage rien de bon pour les collectivités locales et pour la fourniture du gaz. Mais en aurait il été autrement avec un pôle EDF / GDF ? On peut s'interroger là dessus.
Notons aussi que la fusion franco-française, qui annule de fait la possibilité d'une fusion à l'échelle européenne, est un coup de plus de la France a l'espace européen, et à l'esprit de l'Europe.
Enfin, cette fusion risque surtout d'être un coup dur pour l'emploi et les salariés des deux groupes se font, à juste titre, un sang d'encre. Nous somme face à la fusion de deux mastodontes, avec tous les doublons que cela entraîne, et la volonté de rentabiliser la fusion rapidement, en pressurant la masse salariale pour satisfaire un nouvel actionnariat pressé de voir un retour sur investissement.
Et pour terminer, je revois les affiches placardées par le PCF qui demande au gens de garder nos contrats EDF / GDF. Dire que cette fusion reçoit l'appuie indirect (et non voulu) du PCF, c'est ubuesque.