La lecture ce jour d'un article du journal Le Monde me pousse à rédiger ce court texte relatif à ce qu'on pourrait appeler la "nouvelle donne judiciaire en France".
Rappelons d'abord en préambule qu'un des piliers de notre République est incontestablement l'indépendance de la Justice. On pourrait ajouter à cette notion fondamentale celle de l'indépendance des médias, mais nous savons tous qu'à de très rares exceptions près, celle-ci a complètement disparu de notre paysage. Si seulement ce dernier problème se limitait à d'éventuelles retouches photographiques faites par certains magazines people sur les "bourrelets" de notre Président, afin de lui donner un aspect plus photogénique, une image peut-être plus à l'Américaine... Heureusement, d'une certaine manière Internet est là pour compenser ce manque, mais son taux d'audience est encore trop restreint.
Faute d'avoir pu conserver des médias indépendants, autant essayer de conserver une Justice indépendante. Sinon comment pourra t-on nommer le régime en vigueur dans notre pays? Hors, force est de constater que depuis quelques temps, de nombreuses sources d'inquiétudes surgissent ça et là , qui à terme pourraient laisser envisager le pire. Ce ne sont pas les cinq démissions consécutives du cabinet de la Garde des Sceaux qui doivent nous interpeller, même si elles semblent témoigner d'un certain manque de "doigté" dans le management humain, mais d'autres faits plus graves.
Ainsi il en va de la dépénalisation du droit des affaires. Ainsi il en va également de la convocation du vice-procureur de Metz par la Chancellerie pour des propos qu'il aurait tenus lors d'une audience: "Les magistrats ne sont pas les instruments du pouvoir". Peut-être que l'endroit choisi ne constituait pas la place idéale pour une telle déclaration, mais qui oserait affirmer aujourd'hui le contraire: "les magistrats sont les instruments du pouvoir", sauf à accepter que la Justice n'ait plus d'indépendance et que notre pays ne régresse vers ce qu'on qualifie historiquement "d'Ancien Régime"?
Heureusement les syndicats réagissent, des polémiques sont en train de naître, qui dépassent par ailleurs largement le simple cadre syndical. Il est regrettable d'en passer par là , mais aujourd'hui dans certains domaines seule une contestation forte peut servir de contre-pouvoir afin de conserver certains éléments fondamentaux qui différencient notre régime politique d'un régime monarchique. L'indépendance de la Justice, normalement garantie par le pouvoir exécutif, en fait partie.