Alors que le parti socialiste en est toujours à se regarder le nombril et se prépare à mettre une grosse louche de réalisme médiatiquement correct dans son programme, malgré les sondages, Dominique de Villepin a fait à nouveau entendre sa différence avec le président Sarkozy lors d'une interview sur Europe 1 hier matin.Ce n'est pas sans un certain plaisir que j'ai pu entendre les critiques de notre ancien premier ministre sur le discours très choquant de Nicolas Sarkozy à Dakar fin juillet. J'avais déjà évoqué ce discours dans cette note. Il avait été très mal accueilli par les Africains qui n'avaient pas bien compris ce que venait faire un président Français chez eux pour venir quasiment les insulter en disant que le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez rentré dans l'histoire. Jamais il ne s'élance vers l'avenir, jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin . Il avait alors rejeté la responsabilité des problèmes de l'Afrique sur les africains, sans la moindre nuance, dans un ton très néo-colonialiste qui ne surprendrait pas dans la bouche d'un néoconservateur américain.
C'est pourquoi Dominique de Villepin a raison de dire qu'il est blessé par les propos du président. Il a raison de souligner que ceci est en contradiction avec la position de la France. C'est d'autant plus dommage que Jacques Chirac, au lieu d'afficher la traditionnelle supériorité des occidentaux, savait respecter les cultures des autres pays et prendre en considération des façons de faire différentes de la nôtre. Cette ouverture sur les autres cultures et civilisations lui a permis de comprendre à quel point la guerre en Irak était potentiellement porteuse d'une véritable guerre de civilisations entre l'Occident et l'Orient, ce qu'il a évité en prenant une position ferme d'opposition à la position américaine. La position de Nicolas Sarkozy est d'autant plus absurde que certains pays africains commencent à relever la tête et inventent des modes de développement nouveaux.
Mais Dominique de Villepin ne s'arrête pas là et souligne les limites de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy à l'égard de Georges Bush. Alors que les Américains ne lui font plus confiance et que même Gordon Brown fait preuve de circonspections, Nicolas Sarkozy montre sa proximité avec le président américain. Notre ancien ministre des affaires étrangères a raison de dire que donner aujourd'hui une caution à l'administration Bush sur l'Irak et beaucoup d'autres sujets serait une erreur monumentale . Il n'est pas inutile que la France joue un rôle en Irak aujourd'hui, mais il serait incompréhensible que plus de 4 ans après une guerre injuste, inutile et mal gérée, nous finissions par nous aligner sur un Georges Bush complètement décrédibilisé. Enfin, Dominique de Villepin a souligné utilement qu'il n'était pas habituel dans notre tradition républicaine que le secrétaire général de l'Elysée s'exprime publiquement.
Alors que les socialistes sont complètement inaudibles sur la politique étrangère, heureusement que Dominique de Villepin montre qu'il y a une autre voie.
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-950514@51-950572,0.html
Extraits de son intervention sur http://halte-au-complot-contre-villepin.over-blog.com