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chapitre 22 - fin

Sur la route une dizaine de corps sans vie avaient pu être dégagés et des cadavres de chevaux tirés dans la bas côté.

- Il y a trop de neige pour retrouver tous les corps.

- J'ai vu une meute de loups disparaître à notre arrivée, murmura un écuyer écoeuré.

- Les cadavres ont épargné aux vivants d'être dévorés, remarqua Giraud.

- Comme il est jeune, murmura Marciane en regardant l'un des deux rescapés. Faites un feu, déshabillez-les, frottez-les avec ce baume, et drapez-les dans ces couvertures sans quoi ils ne résisteront pas au transport.

Soudain le plus âgé des rescapés ouvrit les yeux :

- Pietro, Pietro, dov'è ?

- Non lo so, lui répondit Ambert. Qui est Pietro ?

- Mon frère, murmura-t-il avant de retomber dans l'inconscience.

Il avait eu la poitrine enfoncée dans sa chute et respirait difficilement.

- Je crains qu'il ne survive pas, pronostiqua Giraud, il est bien mal en point.

- Mais le plus jeune reprend des couleurs, annonça Louis qui l'avait découvert et le surveillait de près.

- Emmenons-les à Pessac. Ils ne supporteraient pas la route jusqu'à Légnan, proposa Marciane.

- Ils ne pourront pas être soignés à Pessac ! objecta Louis.

- Mathieu est un vieux renard qui a appris tout au long de sa carrière à soigner autant les blessures que les accidents de montagne, le rassura Giraud.

Ils gagnèrent donc Pessac lentement pour ne pas secouer les blessés allongés dans une chariot traîné par un mulet, un second attelage emmenant les corps raidis des morts. Louis se retournait souvent pour s'assurer qu'ils ne souffraient pas trop. Ils arrivèrent enfin au bas de la forteresse, dont le pont-levis s'abaissa dès qu'ils furent reconnus.

- Nous ramenons deux hommes en piteux état, annonça Marciane au capitaine. Je veux qu'ils soient soignés et traités comme s'ils étaient des nôtres, avec une bonne chambre, du feu, quelqu'un de sérieux pour les surveiller et un traitement approprié à leur état.

- Ma mère, étant seule, m'a rejoint depuis peu répondit l'homme. C'est une femme compétente. Elle les veillera. Nous allons les installer et vous jugerez si cela vous convient.

- Que deviennent vos prisonniers ?

- Je leur ai appris que les leurs avaient été défaits ou s'étaient enfuis. Ils sont démoralisés, mais n'en oublient pas de manger. Il me faudra des provisions supplémentaires. Ils se demandent aussi quel va être leur sort.

- Messire Joceran en décidera. Mais j'aimerais interroger leur chef.

Le chef du détachement italien fut amené à Marciane.

- Quel est votre nom et d'où venez-vous ? lui demanda-t-elle.

- Je m'appelle Giovanni Pesco et je suis Milanais.

- Pourquoi nous avez-vous attaqués ?

- J'obéis aux ordres. On m'a dit de mettre le siège devant Pessac, je l'ai fait.

- Vous êtes un mercenaire ?

- Non ! s'indigna l'homme. Je suis Milanais et je me bats pour ma ville.

- Dans ce cas, vous saviez bien pourquoi Milan voulait nous attaquer, alors que nous ne sommes pas ennemis et qu'il n'existe aucun litige entre nous !

- Vous n'étiez pas personnellement visés…

- Si puisque vos ordres étaient de ravager nos terres ! affirma péremptoirement Marciane.

- C'était de la politique pour montrer que l'empire vous mettait en danger…

- Elle ne vous a pas réussi, dit sèchement Marciane. Connaissez-vous un certain Pietro dont s'inquiète un survivant ?

- Il y a beaucoup de Pietro.

- Celui qui a demandé de ses nouvelles porte autour du cou une croix d'or garnies d'émaux.

- Alors il s'agit de de Paolo Boldoni, un seigneur de notre ville, dit Giovanni tout agité. Le signore Pietro, son jeune frère, est prisonnier avec nous. Il a été désarmé par ce jeune chevalier, dit l'italien en désignant Louis.

- Qu'on aille le chercher, ordonna Marciane au capitaine Mathieu, et qu'on l'amène au chevet de son frère.

Peu après, Pietro Boldoni arriva entre deux gardes. Il était grand, bien découplé, richement vêtu et paraissait arrogant et très sûr de lui.

- Je suis votre prisonnier, mais ma famille donnera la rançon que vous fixerez pour que je retrouve la liberté, affirma-t-il dédaigneusement.

- Nous vous avons fait venir pour assister votre frère que nous avons trouvé ce matin en piteux état, abandonné par les vôtres, répondit froidement Marciane.

- Mon frère ! dit le jeune homme en pâlissant. Où est-il ?

- Dans cette pièce, à côté.

Pietro pénétra dans la chambre et s'agenouilla près de la couche où gisait le blessé. Il lui prit la main et lui parla d'une voix angoissée, puis lui caressa la figure en l'implorant probablement de lui répondre, de se manifester. Le blessé frémit, ouvrit les yeux et agrippa convulsivement la main du jeune homme. Fratellino murmura-t-il, puis il referma les yeux, épuisé.

- Croyez-vous qu'il vivra ? demanda Pietro anxieusement.

- Je ne pense pas. Il est au plus mal, remarqua Matthieu pessimiste.

- Il lui faut un prêtre !

- Nous n'avons pas de chapelain dans la forteresse.

- Restez à ses côtés, messire Pietro, dit Marciane. Une femme va venir le masser avec un onguent au camphre pour atténuer ses douleurs. C'est tout ce que l'on peut faire pour lui, ses blessures internes sont trop graves.

Une bave rosâtre suintait déjà de la bouche du blessé qui râlait. Pietro baissa la tête, accablé de douleur. La pression de la main du mourant se relâcha, peu de temps après, il ouvrit les yeux, regarda intensément son frère et mourut. Pietro cacha sa tête dans ses mains pour pleurer.

- Vous êtes mon prisonnier, messire Pietro, lui dit Louis en s'avançant et en lui posant sa main sur l'épaule. En tant que tel, je peux disposer de vous. Partez librement et ramenez le corps de votre frère dans votre pays. Vous avez eu assez à pâtir comme cela de l'aventure.

- Vous agissez noblement et je vous en rends grâce, répondit l'italien, en se redressant. Au nom de tous les miens, je vous en remercie du fond du coeur. Nous n'étions pas venus pour vous combattre, vous savez, ajouta-t-il en se retournant vers Marciane qu'il avait jugée être le chef. Mon frère et moi, faisions partie du détachement pour nous assurer de sa bonne conduite. En envoyant un corps armé jusqu'à Vienne pour adresser une supplique à l'archevêque, la municipalité de Milan a voulu faire ressentir les agissements choquants des empereurs qui n'hésitent pas à envahir régulièrement les états italiens à la tête d'armées dévastatrices pour venir se faire couronner à Rome.

- Une supplique à l'archevêque ? s'étonna Marciane. Mais qu'est-ce que Monseigneur Guy a à voir dans vos démêlés avec l'empereur ?

- Il est très écouté de toute la chrétienté et n'a jamais été inféodé à l'empereur.

- Votre entreprise était bien risquée ! Elle a échoué mais elle risquait de déclencher une guerre entre le Milanais et le Dauphiné !

- L'expédition devait être très courte, elle n'aurait pas eu le temps de susciter des réactions. Notre famille était opposée à cette tentative trop hasardeuse, et nous étions là pour la garder pacifique. Voyez, nous n'avons pas attaqué Pessac. Il nous suffisait de neutraliser la garnison le temps de notre passage. Nous comptions revenir avec un sauf-conduit de Monseigneur Guy nous accordant le passage à travers le royaume de Bourgogne.

- Quelle folie ! dit Marciane en hochant la tête en signe de désapprobation. Si vous avez des preuves du but de votre équipée, je me rendrai à Vienne en informer l'archevêque pour calmer les esprits.

- J'ai confiance en vous, dame. Je vais vous confier la supplique que mon frère portait sur lui. Mais où sont ses vêtements ? s'écria-t-il soudain alarmé.

- Votre frère a du être réchauffé. Qu'on apporte ses effets, demanda-t-elle.

Après un moment, les habits de Paolo furent amenés. Ils furent longuement fouillés mais ils ne recelaient aucun document.

- Mais ce n'est pas possible ! Mon frère ne se séparait jamais de cette missive qu'il gardait serrée dans sa chemise !

- Giraud ! appela Marciane fermement. Je veux absolument retrouver le document qui se trouvait dans les effets de messire Paolo. Prenez les mesures nécessaires. Faites fouiller tous les participants s'il le faut mais retrouvez-le, dit Marciane que la colère rendait vindicative.

Peu de temps après, un jeune écuyer fut introduit, complètement affolé. On avait trouvé sur lui une bourse fort suspecte.

- Pitié, dame, dit-il en tremblant, le seigneur Pesco m'avait demandé de lui rendre un parchemin lui appartenant qu'il avait confié au signore blessé. J'ai cru bien faire en lui rendant ce service.

- Tu as cru bien faire en acceptant une bourse surtout ! Tu n'es qu'un traître. Tu seras chassé honteusement et je peux te garantir que tu ne seras jamais chevalier. Saisissez-vous du signore Pesco, ajouta-t-elle et fouillez-le.

- On retrouva la missive cachée dans ses chausses.

- Que voulais-tu en faire ? lui demanda Pietro, furieux.

- La soustraire à nos ennemis pour qu'ils ne s'en emparent pas.

- Tu n'as pas qualité pour agir de la sorte.

- La municipalité m'avait confié la mission de la surveiller.

- Tu mens !

- Je vous en fournirai la preuve.

- Quoiqu'il en soit, elle est retrouvée. Je peux aller à Vienne, dit Marciane.

- Vous trahissez Milan ! cria Pesco.

- Je la sauve au contraire, espèce d'incapable borné. Tu me paieras ça !

- Qu'on l'enferme, et qu'il reste séparé de ses compagnons, ordonna Marciane. Cet homme n'est pas clair. Connaissez-vous l'autre blessé que nous avons ramené, demanda-t-elle ensuite à Pietro ?

- Oui. C'est Francesco Spinelli, un jeune exalté dont je redoutais les excès, car il aurait volontiers transformé l'expédition en équipée guerrière pour la gloire de combattre. Le laisser enfermé le plus longtemps possible lui apprendra peut-être la sagesse.

Louis s'en trouva un peu triste. C'est lui qui l'avait découvert, il s'en sentait un peu responsable.

Ils s'en revinrent à Légnan. Les chevaliers rentraient avec les équipements des prisonniers en récompense de leurs bons services, l'écuyer peu scrupuleux fut gardé prisonnier pour être jugé par Joceran, et Marciane et Louis préparèrent leur départ immédiat pour Vienne. Il n'était plus question de musarder en route. Ils allaient à grand train, s'arrêtèrent dans un gîte rural pour être en mesure de partir au petit matin sans perdre de temps et arrivèrent à Vienne épuisés en deux jours ! Ils dormirent à l'hostellerie du cloître de St-André-le-Bas et demandèrent dès le lendemain matin une audience à l'archevêque.

Ils attendirent assez longtemps dans une antichambre obscure où la lumière ne pénétrait que par une fenêtre haute et Marciane se revit, enfermée autrefois dans la chancellerie, avant d'être accusée par des chanoines bornés de matricide ! Cette époque d'incertitudes lui semblait bien lointaine et la Marciane d'alors si vulnérable et naïve… Une porte dérobée derrière une draperie s'ouvrit enfin, Marciane et son fils furent introduits directement dans la salle de réunion qu'elle connaissait déjà . L'archevêque les regardait avancer l'air pensif. Ils baisèrent son anneau pastoral et attendirent respectueusement qu'il leur adressât la parole.

- J'ai des nouvelles bien troublantes du Dauphiné d'où vous arrivez, leur dit-il le front soucieux. S'y est-il produit d'autres événements graves ?

- J'ai pensé que les éclaircissements que je pouvais vous apporter concernant ces événements, méritaient que je trouble l'ordonnance de votre journée, Monseigneur, dit Marciane, sentant bien que l'archevêque trouvait sa venue inopportune.

- Vraiment ma fille ? dit-il sceptique.

- Un fort parti armé de Milanais a été anéanti par le comte Joceran mon époux, alors qu'ils s'apprêtaient à envahir le comté.

- Cela, je le sais, murmura-t-il.

- Je suis retournée sur les lieux de l'attaque pour rechercher s'il restait des survivants. Il se trouvait parmi eux un certain Paolo Boldoni, et son frère Pietro était notre prisonnier à Pessac.

Un éclair d'intérêt s'alluma dans l'oeil de l'archevêque qui devint très attentif.

- Vous l'avez questionné ? demanda-t-il.

- Il m'a révélé que leur expédition s'apparentait à une manifestation destinée à ouvrir les yeux de la chrétienté sur les avanies que leur faisait subir l'empereur en traversant leurs états avec une armée germanique pour aller de faire couronner à Rome. Ils voulaient arriver jusqu'à Vienne pour exprimer leurs voeux d'échapper aux… promenades impériales !

- Il nous faudrait des preuves de leur volonté de non-nuisance !

- Le signore Boldoni m'a remis cette supplique de la municipalité de Milan.

- Voilà qui est fort intéressant, dit Monseigneur Guy en s'emparant de la missive. Il la lut, l'examina attentivement et conclut :

- Son authenticité ne saurait être mise en doute. C'est un document de la plus haute importance. Vous m'apportez un atout qui va me permettre de calmer les esprits. Je suis désolé d'avoir douté de l'urgence de votre intervention. Cette affaire me cause bien du souci, et il faut agir vite avant l'irrémédiable ! Quelle folie d'entreprendre une telle équipée qui ne pouvait tourner qu'au désastre ! Le comte Guy-Raymond est furieux et prêt à en découdre avec les Milanais pour se venger de leur traîtrise et l'empereur, qui ne les porte pas dans son coeur, serait tout prêt à le soutenir cette fois.

- Le seigneur Pietro Boldoni s'en doutait et sa famille était défavorable à cette action. Pour amadouer le comte, il m'a remis une missive personnelle où il s'engage à consentir au Dauphiné des accords commerciaux avantageux.

- Voilà qui est bien raisonné ! Remettez-moi aussi ce document. Après examen, il déclara : Certes le seigneur Boldoni ne peut engager que lui, mais sa famille a un rôle très influent dans la ville, et sans nul doute, vu le fiasco de leur équipée, la municipalité de Milan honorera ses propositions. Nous allons pouvoir introduire les autres intervenants.

L'archevêque fit tinter une sonnette. Un religieux se présenta auquel il parla à mi-voix. Peu après, le comte Guy-Raymond et Joceran se présentèrent dans la salle. Guy-Raymond était grand, massif, tendu comme un taureau prêt à charger.

- Vous ici, Marciane ! s'étonna Joceran.

- La dame de Marcelly est venue en hâte pour nous communiquer des éclaircissements importants concernant l'incursion milanaise.

- Rien ne saurait excuser cette action, tonna le comte Guy-Raymond d'un ton péremptoire. Ils ont été vaincus et doivent payer leur outrecuidance. Nous les envahirons !

- Ne nous emballons pas, mon fils, répondit fermement l'archevêque, en guise de mise en garde. La colère est toujours mauvaise conseillère, croyez-en mon expérience et la sagesse de l'Eglise. Certes les Milanais ont été maladroits, mais ils ne voulaient pas guerroyer, seulement protester contre les incursions armées de l'empereur dans leurs états, en agissant de même. J'en ai la preuve patente. De plus, ils vous proposent des compensations financières qui valent mieux qu'une campagne bien aléatoire et qui n'aurait pas notre approbation.

Un long silence s'ensuivit. L'archevêque regardait le comte avec toute la dignité de sa charge et l'autorité naturelle qui était la sienne.

- Mais qu'en dira l'empereur ? hasarda Guy-Raymond. Le ville de Milan est terre d'empire ! Je dois lui demander son avis.

- Il s'en remettra, vous pouvez m'en croire, à ce que je lui exposerai.

- Je doute qu'il pardonne l'affaire aux Milanais, ricana le comte.

- Pour l'heure, c'est votre position qui m'importe.

- Je m'en remets à votre arbitrage, déclara le comte maté.

- C'est fort sage. Je vais donc obtenir de Milan la concrétisation de ces accords commerciaux préférentiels. Croyez-moi, mon fils, vous avez, par votre sens politique, définitivement écarté tout risque de conflit : le Milanais ne viendra jamais plus se hasarder à franchir les Alpes.

- Que devenons-nous faire de nos prisonniers ? demanda Joceran, dépassé par la tournure des événements et qui voyait, à regret, disparaître la perspective d'une campagne.

- Rendez-leur la liberté, et sans contrepartie si cela ne vous contrarie pas exagérément. Dame Marciane, ajouta-t-il en se tournant vers elle, n'hésitez jamais à venir me trouver. Je n'ai qu'à me féliciter de votre concours.

Marciane sentant que leur présence n'était plus nécessaire, se retira avec Louis. Son époux la suivit, laissant Guy-Raymond en tête-à-tête avec l'archevêque.

Joceran garda longtemps le silence. On le sentait préoccupé et presque contrarié de la démarche de son épouse. Sans avoir l'air de le remarquer, elle attendit qu'il la questionne. Ce qu'il finit par faire, voyant qu'on ne lui fournissait aucune explication spontanée.

- Mais enfin Marciane, je ne comprend pas ! Qu'est-ce qui vous a amenée à vouloir rencontrer Monseigneur Guy sans m'en tenir informé ?

- J'ai retrouvé des survivants de l'avalanche. L'un deux, Paolo Boldoni, est mort mais il était porteur d'un document à remettre à l'archevêque de Vienne. Son frère, que Louis a fait prisonnier, m'a éclairée sur les intentions des Milanais et m'a remis une missive promettant des compensations financières au Dauphiné pour effacer l'effet désastreux de leur tentative. Pensez-vous que j'aurais du ne pas transmettre ces informations ?

- Non, certes, reconnut-il. Mais vous m'avez discrédité en le faisant.

- Mais en quoi ? s'étonna-t-elle.

- J'avertis le comte Guy-Raymond que nous sommes attaqués et qu'il convient de riposter. Et vous arrivez en prêchant la réconciliation !

- J'ai simplement apporté des éléments nouveaux que vous ne pouviez connaître. De plus, la conciliation a été prêchée par notre archevêque, pas par moi. Vous en retirerez les bienfaits : les marchandises sans droits et taxes pourront se vendre à de bien meilleurs prix. Le commerce y gagnera, vous encaisserez des droits plus importants et vos gens vivront mieux.

- Ces points de vue mercantiles ne touchent guère un vrai chevalier.

- Vous auriez préféré voir vos gens périr dans une campagne italienne ?

- Je sais que la guerre n'a pas votre préférence.

- Ni celle de l'Eglise apparemment !

- Où comptez-vous vous rendre maintenant ?

- Je m'en retourne à Marcelly.

- Je dois regagner Légnan où il me faudra libérer les prisonniers.

- N'oubliez pas l'adoubement d'Hubert à Vienne.

- Je serai à Marcelly bien avant, Marciane, répondit Joceran, conscient du mécontentement de son épouse et de sa maladresse.

Blessée par les reproches injustifiés de son époux, Marciane garda longtemps le silence au retour tandis que Louis chevauchait tristement à ses côtés. Ce voyage qui avait commencé dans la joie se terminait mal. Et pourtant, rien ne pouvait être reproché à sa mère ! Joceran était-il jaloux ? Reprochait-il à son épouse de savoir mieux gouverner que lui ? Louis était près de le penser, mais le constater, ne l'empêchait pas de souffrir et Louis ne savait que faire pour distraire sa mère. Il aurait pourtant tant aimé la voir sourire !

Source : hautetfort.com
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