(Je planterai des liserons sur sa tombe.)
Un copain m'envoie des photos du Mari. Ce n'est pas celui que j'ai aimé. Lui, je l'ai peu connu. Je ne voulais pas. Les gens ont des délicatesses maladroites. Mais comment pourraient-ils imaginer ? Ceux qui comprennent sont ceux qui me vivent au jour le jour ou bien ceux qui ont un deuil proche. On me fuit parce que je le vaux bien, parce que je le veux bien.
Je ferme les yeux. Vide. Je dors trop léger, trop léger pour porter le poids la journée. Je ne tiendrai pas longtemps à ce rythme. Je fais semblant, je force, je ne m'en étais même pas rendu compte. Je cherche à éviter de m'écrouler trop souvent. Entre me taire et trop parler, je n'ai pas choisi non plus.
J'essaie de ne pas m'apitoyer, de ne pas me dire que les gens sont durs et qu'ils ne comprennent rien merde. Mais ils ne comprennent pas. Ce que je ressens c'est mon veuvage. Je ne sais plus que nous étions séparés. Ce que je ressens, c'est la part de moi qui est morte, mon amour perdu. Alors qu'on croit que ça pourrait aller parce que nous étions séparés et que je ne l'aimais plus me fait mal. Et puis et puis et puis j'avais voulu occulter, mais chaque fois que je vais fumer sur ce parking au soleil cela me retombe dessus : il m'a appelée, avant. Alors je ferme les yeux et c'est comme un vertige, comme quand je plane en faisant la planche sur l'eau, une semi transe. Je ferme les yeux pour ne pas me rappeler qu'aucun homme ne m'aimera plus ainsi. Je ferme les yeux pour ne pas penser que j'aurai peur d'aimer. Ma psy m'avait déjà reprise (avant qu'il meurt) : ce n'est pas une peur, c'est une angoisse . Il y a quoi au dessus de l'angoisse ?
Illustration sonore: Lhasa de Sela - El arbol del olvido (La Llorona)