A la manière de Jules Ferry en 1883, Nicolas Sarkozy a envoyé sa lettre aux éducateurs , fascicule de 32 pages tiré à plus d'un million d'exemplaires, aux professeurs. Son objectif, clairement indiqué, est de repenser l'éducation républicaine des élèves.
C'est la première fois qu'un chef de l'État s'adresse ainsi directement aux enseignants. En déplacement à Blois, il en a profité pour lire sa lettre. Il souhaite faire des enfants des femmes et des hommes libres pour relever le défi de l'économie de la connaissance et de la révolution de l'information. De façon explicite, le Président s'est attaqué à l'héritage de mai 1968 : Par une sorte de réaction, depuis quelques décennies, c'est la personnalité de l'enfant qui a été mise au centre de l'éducation au lieu du savoir. Il reprend son couplet sur l'école du respect répète que l'élève n'est pas l'égal du maître. Bref, tous les thèmes développés par le candidat Sarkozy durant sa campagne reviennent au fil des pages : autorité, respect, transmission du savoir et des valeurs, la réforme du collège unique, la suppression de la carte scolaire, une meilleure place faite à l'enseignement du sport et des arts. Sarkozy prône plutôt une rénovation du modèle de l'école républicaine qui passe par une remise à plat des programmes et des rythmes scolaires, une interdisciplinarité très précoce dans l'enseignement ou encore le retour de la culture générale.
Il conclu en disant : Dans l'école de demain, vous serez mieux rémunérés, mieux considérés si vous choisissez de travailler et de vous investir davantage. Une variante de son slogan de campagne : Travailler plus pour gagner plus ! . On s'étonnera que personne n'ait interrogé le Président sur la suppression des 11 000 postes dans l'Éducation en 2008?
Pour mieux comprendre ce nouveau chantier, voici quelques détails de fonctionnement de ce Collège Unique ?Depuis 1975, avec la réforme Haby, le collège est devenu unique, c'est-à-dire que l'entrée au collège après le primaire est accessible pour tous et il est le même pour tous. Tous les élèves doivent acquérir les connaissances de base du socle commun. Le but est qu'au bout de quatre ans, à la sortie du collège, l'élève maîtrise les outils de la langue que sont le vocabulaire, la grammaire et l'orthographe pour pouvoir lire, comprendre et écrire des textes dans différents contextes.
La Réforme Haby du 11 juillet 1975 :
Cette réforme constitue l'aboutissement du processus d'unification et de démocratisation du collège. Par la
publication de la loi n° 75-620, René Haby unifie les structures administratives du premier cycle en supprimant la distinction entre CES (Collège d'Enseignement Secondaire) et CEG (Collège d'Enseignement Général), qui deviennent tous des collèges. Il unifie aussi les structures pédagogiques en mettant fin à l'organisation de la scolarité en filières, les sections devenant "indifférenciées". La répartition des élèves dans les classes s'effectue sans distinction, l'hétérogénéité des classes est établie, des actions de soutien et des activités d'approfondissement sont organisées, le diplôme national du Brevet des collèges sanctionne la formation acquise (il remplace le BEPC créé en 1947).
Cependant, le collège unique est très vite confronté à des difficultés persistantes (massification de l'enseignement, hétérogénéité des publics, développement des incivilités, difficultés d'adaptation aux différences de niveau?). Face à ces problèmes, les différents ministres de l?Éducation nationale ont commandé depuis le début des années 1980 des rapports à des spécialistes du monde éducatif dans le but de " réformer " ou de " rénover " le collège unique.
1982 : la rénovation du collège unique :
En décembre 1982, Louis Legrand, ancien directeur de l'Institut national de la recherche pédagogique remet au ministre de l'éducation Alain Savary son rapport intitulé " Pour un collège démocratique ". Il propose d'aménager des temps de travail en groupes, d'adapter les programmes aux diversités des publics, de mettre en place des tutorats,? Cependant l'application de la réforme se fait sur la base du volontariat des établissements, ce qui réduit considérablement sa diffusion. De plus, le ministre abandonne le redéfinition du service hebdomadaire des professeurs et le tutorat, mais annonce des discussions nationales sur le statut des enseignants.
1993-1997 : un collège unique mais pas uniforme :
Pour François Bayrou, ministre de l'Education nationale, le problème n'est pas que le " collège soit unique, mais uniforme donc injuste ". Après diverses consultations, une nouvelle réforme est présentée le 16 juin 1994 avec 158 propositions pour un " Nouveau Contrat pour l'école ". Le collège est réorganisé en trois cycles (le cycle d'observation en 6ème, le cycle central 5ème/4ème, le cycle d'orientation 3ème) ; les emplois du temps sont modulés sur la semaine ; des parcours diversifiés et des études dirigées sont mis en place? L'accent est mis sur la 6ème. Toutes les mesures la concernant sont mises en place à la rentrée 1995, tout en laissant une marge d'adaptation aux établissements.
1999 : le Collège de l'an 2000 :
Ségolène Royal demande un rapport au sociologue François Dubet, qui lui remet " Le Collège de l'An 2000 ". Les mesures sont centrées sur l'articulation primaire-secondaire et les classes de 6ème et 5ème. Il s'agit d'éviter de trop grandes lacunes à l'entrée en 6ème, grâce à un dépistage des difficultés des élèves en début de CM2. Elle souhaite la diversification des méthodes d'enseignement en favorisant la pluridisciplinarité. Enfin, elle instaure l'heure de vie de classe .
2001 : Pour un collège républicain :
Jack Lang veut changer les approches pédagogiques pour mieux gérer la diversité des élèves et lutter contre l'échec, notamment par l'évaluation
systématique de chaque élève. Le ministre souhaite aussi introduire une diversité d'activités suffisante pour lutter contre l'ennui ou l'absence de motivation des élèves. Il propose d'individualiser au maximum les parcours de chaque élève en déléguant des pouvoirs de décision au chef d'établissement, de développer une orientation positive vers la voie technologique et professionnelle, de donner une plus grande autonomie aux établissements.
Ainsi, beaucoup de réformes depuis l'instauration de ce fameux Collège Unique . Maintenant, il reste à savoir comment le Chef de l'Etat souhaite réformer le Mammouth . Néanmoins, il faut garder en tête le fait que l'école est la base de la République depuis 1881, et qu'outre l'apprentissage de l'écriture, de la lecture et du calcul, l'école doit forger la conscience républicaine des futurs citoyens?