En ce temps là, la ville de Lille finissait devers les lieux qu'on a appelés depuis la Place du Château et la rue des Tours pour apprendre aux générations subséquentes l'histoire de leurs ancêtres. Du seuil de leurs maisons de bois, sculptées et ventrues, les bourgeois de la place Saint-Martin pouvaient voir, à travers l'enfilade des Ponts-levis et des ogives, ce qui se faisait dans la première cour du château, sous les tours duquel les gens du Plat Pays qui venaient vendre en ville leurs légumes, leur lait ou leurs volailles grasses, devaient passer avant d'arriver à la Porte Saint-Jacques. Ce fort Castel dominait tout à la fois les champs et la ville : c'est vous dire qu'il avait été construit par Philippe Le Bel pour défendre les Lillois... et au besoin pour les combattre.
En sortant par la porte Saint-Jacques, dès qu'on avait dépassé les barbacanes, on donnait du nez sur une hôtellerie qui formait l'angle de la route de Menin et du chemin de ronde filant le long des douves vers le Faubourg des Reygneaux. C'était une bâtisse en brique, longue et massive, munie d'un étage et percée d'une douzaine d'étroites fenêtres à petits carreaux ovales enchâssés dans du plomb. Au-dessus de la porte charretière, large et voûtée, qui s'ouvrait juste en face de ladite route de Menin, une enseigne de fer grinçait au vent sur une tringle horizontale ; on y voyait en effigie le grand saint Sébastien, plus endommagé par les outrages du ciel que par les intempéries du paganisme, et en demi-cercle au-dessus de la tête du martyr s'étalaient, en manière d'auréole, ces mots devenus fameux dans le pays de Flandres : Au Jardin d'Arc.
Le maître de céans cumulait, en effet. Son hôtellerie n'était point une hôtellerie comme toutes les hôtelleries : derrière l'hôtellerie proprement dite, où l'on mangeait, buvait, logeait à pied et à cheval, comme dans toutes les hôtelleries du monde, s'étendait, le long du chemin de ronde, un vaste pré entouré de tonnelles : c?était le Jardin d'arc , théâtre traditionnel des exercices, rendez-vous, bombances et frairies des confrères de Saint Sébastien, autrement dit de messires les Archers des Serments.
A l'époque dont je parle, le titulaire de cet établissement renommé et plantureux n'était autre que le sieur Célestin Maillot, petit-cousin et gendre de Jean Maillot, lequel, tenant son bien d'une interminable lignée de Maillot et n'ayant pu se procurer de descendants mâles, avait mieux aimé colloquer sa fille Jeanne et son patrimoine à un Maillot collatéral que de voir l'une et l'autre ne point échoir à un Maillot. Pendant que l'heureux Célestin avait l'oeil au fenil et à l'écurie, pendant que la belle Maillotte souriait à tout venant dans la salle commune, Jean Maillot, désormais aubergiste honoraire, passait sa vie, assis sur le banc de pierre qui soulignait sa façade, regardant les passants, les mains sur son ventre, et devisant avec les sentinelles du rempart ou même du château, dont il n'était séparé que par la largeur du chemin et l'eau dormante du fossé.
Bien qu?habitant le faubourg, Jean Maillot n'était pas le premier venu : trente années durant à travers les aventures de la guerre et les lassitudes de la paix, il avait gouverné sa double entreprise en aubergiste supérieur ; maintenant, c?était un compère hardi et jovial qui avait une jolie poignée de foin au fond de ses sabots et qui pouvait se donner du bon temps. C'est dire que sa fille avait été à bonne école et que l'hôtellerie des Archers n'avait point perdu à tomber en quenouille.
II
Pour vous faire apprécier à leur juste mesure les talents de Maître Maillot et de ses héritiers présomptifs, je dois vous dire que ces personnages, dont le peuple lillois vénère si justement la mémoire, vivaient dans des temps lamentables. Les pays du Hainaut et de Flandres étaient à feu et à sang depuis des années et des années ; de Lille jusqu'à Gand, il n'était chrétien qui se crût assuré de son lendemain, censier qui fût garanti d'être flambé dans sa cense comme pourceau dans la paille, bouchée de pain dont on pût se dire propriétaire avant de l'avoir avalée.
Les flandrins du sire de Montigny, les Hollandais du prince d'Orange, les philippards d'Espagne, les reîtres du comte Palatin, les français du duc d'Anjou, sans compter les malandrins de tous pays, passaient sans débrider sur le ventre du pauvre monde, tantôt battant, tantôt battus, toujours pillant, volant, brûlant, violant, massacrant, que c'en était une vraie pitié. Vint un moment où l'on aurait pu aller de la taverne des Trois-Pigeons, la dernière maison du faubourg de Courtrai, jusqu'à Menin et Tournay, sans rencontrer homme ou bête, sans apercevoir foyer chauffant ni maison debout. Tout était à sac et à sec, tout ce qui n'était pas occis avait décampé. Vous pouvez pensez si l'hôtellerie du Jardin de l'Arc chômait de clientèle : ce qui fait le malheur de celui-ci fait le bonheur de celui-là ; ça marche de ce train-là depuis que le monde est monde.
Chacun sait que les gens de Lille ont toujours été des hommes laborieux et pleins de mansuétude, qui se feraient conscience de tarabuster un moucheron. Mais quand ils virent que cette racaille ne finissait d'offenser le Seigneur et d'entasser iniquités sur iniquités, ils en furent transportés d'un si grand courroux qu'ils devinrent comme enragés Ils commencèrent par défendre à tout chacun, fût-il français, flamand ou iroquois, de mettre le pied sur le territoire de la châtellenie, sous peine d'être pendu haut et court ou canardé comme perdrix en automne. Il n'en fut ni plus ni moins.
Alors, un beau matin, avant l'aube, Maître Maillot fut réveillé par un Sabbat d'enfer : c?étaient les bons drilles de Lille, piquiers, arquebusiers, arbalétriers, archers, canonniers et tout le tremblement, qui défilaient dare-dare par la porte Saint Jacques ; ça n'en finissait pas, il en sortait toujours et toujours. Le pont ployait et gémissait. On entendait s'élever de la ville comme un grondement d'orage étouffé. Sur la route, on voyait s'allonger une longue traînée sombre que pointillaient çà et là les éclairs arrachés aux cuirasses par les derniers rayons de la lune. Les gens de Lille partaient en guerre ; ils s'en allaient assaillir les mécréants dans leur forte ville de Menin.

III
Le jour même où je prends cette histoire, Maître Maillot, assis comme de coutume sur son banc de pierre, les mains croisées sur son gros ventre, répétait justement à son compère Henri Martimpré, de la Confrérie des Arquebusiers, lequel bâillait appuyé sur son arme, à l'entrée des ponts, que de sa vie vivante il n'avait assisté à un spectacle plus mémorable, si ce n'est lors de la rentrée triomphale de ces mêmes milices après la sac de Menin.
On était au second dimanche de juillet. Il faisait une chaleur terrible, qui rendait d'autant plus agréable au vieil aubergiste l'ombre que projetait la façade illustre qui lui servait de dossier. Bien que le dimanche fût le jour de leur principal rendez-vous, les confrères de Saint Sébastien étaient encore en petit nombre dans le Jardin de l'Arc, où ils dormaient un somme, étendus sous les tonnelles, en attendant que la fraîcheur du soir leur permît de procéder à leurs exercices ordinaires.
Le bourdon de Saint Étienne sonnait vêpres à toute volée, remplissant l'espace de frémissements sonores qui ne laissaient entendre que par intermittences les cloches grêles de Saint Pierre et de Saint Maurice. Les faubouriens dévots sortaient endimanchés de leurs maisons et rasaient les murs pour gagner à l'ombre la tête du pont. Jean Maillot, clignant de l'oeil sous l'intense réverbération de la route poudreuse, interrompait son dialogue avec l'arquebusier, pour saluer chaque passant d'un mot amical ou goguenard.
- Il s'agit de lever vote jupe au risque de nous montrer vos gentils mollets, la fille, dit-il à une paysanne qui se hâtait, sinon vous n'arriverez mie, car voici résonner le dernier coup de vêpres.
Le bon Dieu me pardonnera, Maître Maillot, car ce n'est point mon fait : il est venu grande compagnie chez nous depuis messe.
- Eh ! s'écria l'arquebusier, c'est la fille à Pichu, des Trois-pigeons !
- Pour vous servir, mon maître !
- Quels sont ces gens, Mariette ? J?imagine que le hameau de Marcq ne s'est point repeuplé par l'opération du Saint- Esprit...
- Je ne les connais mie. Certains disent que ce sont des hommes d'armes du sire de Roubaix qui s'en reviennent, ayant fini de guerroyer. Il a dû déjà en passer nuitamment, car Patau s'est saoulé à japper... Ils sont bien encore une centaine buvant canette dans le verger.
- Voila qui ne sent pas trop bon ! Observa Jean Maillot en se grattant l'oreille.
- Balivernes ! répliqua la sentinelle. Est-ce que Menin n'est point à nous ?
- Oui-da, compère, mais c'est à Tournay que se trouve le gros nid des Hurlus.
- Bast ! Tournay n'est pas au bout de ton nez : il y a six bonnes lieues d'ici là... Mariette a raison, ce sont les compagnies de Roubaix... Sur ce, Dieu te garde, compère : c'est aujourd'hui la fête du grand Saint Henri, mon patron, et tous les Hurlus du Tournaisis ne me feraient pas manquer vêpres en un jour pareil.
Maître Maillot haussa les épaules d'un air soucieux et le regarda s'éloigner sans répondre. En ce moment, le soleil dardait ses implacables rayons sur un désert : personne sur la route blanchissante, personne sur les tours du château, personne sur les remparts, personne à la poterne Saint Jacques. Les cloches s'étaient tues, le silence lourd des jours de canicule s'était fait de toutes parts : on n'entendait rien que le gloussement des poules qui picoraient sur le fumier de l'hôtellerie. Peu à peu, le vieillard se senti envahi par cet assoupissement général : sa tête s'écarta progressivement de la verticale, son double menton s'étala sur sa casaque, et bientôt il ne protesta plus contre les privautés des mouches que par des ronflements bruyants, mais débonnaires.
IV
Pif ! paf ! pif ! Clac ! clic ! clac ! Boum ! Rrrran !!
- Tue ! tue ! Pille là ! Allez, sans quartier ! Tue, sans Dieu ! Godverdom ! Ville gagnée !!
Une effroyable pétarade de mousqueterie, accompagnée de clameurs furieuses et du hurlement particulier qui avait attiré aux huguenots du sire de la Noue le sobriquet de Hurlus, tira brutalement Jean Maillot des douces profondeurs de son sommeil.
Le vieux routier ne perdit pas la carte. D'un coup d??il il comprit l'affaire. Les gens de Mariette étaient bien des Hurlus envoyés de Tournay pour manigancer un coup de main. Ils barraient déjà la route de Menin, attaquant aux portes des censes à grands coups de hache, et boutant le feu aux chaumes, tandis que le gros de la bande débusquait par le chemin de ronde du faubourg des Reygneaux, tirant l'arquebuse de tous côtés, pour faire la panique.
Maître Maillot était pris entre deux feux, lui, son auberge et sa famille, et la ville aussi, car la poterne Saint Jacques était là qui s'ouvrait béante et solitaire dans le rempart, comme la gueule édentée d'un vieux chien. Les gens épouvantés sortaient de partout, des maisons, des jardins, de derrière les haies, et détalaient vers la poterne, les hommes emportant leur saint-frusquin, les femmes traînant les mioches qui braillaient, le tout poursuivi de près par les soudards ou rejoint de loin par les arquebusades. C'était une chose triste et épouvantable. Voila ce que vit Maître Jean Maillot au sortir de sa sieste le 15 de juillet mil cinq cent octante et deux.
- Eh ! Compère, qu'est-ce là ? lui cria d'une voix effarée un homme qui venait d'apparaître debout sur le rempart. C'était Martimpré, la sentinelle infidèle, responsable de cette surprise. Mais le pauvre diable n'entendit pas la réponse à sa question : une arquebusade le mit bas, il roula dans les douves, dont l'eau verte rejaillit sous son corps.
- Dieu lui pardonne ! murmura Maillot en se hâtant de décrocher les portes massives de l'auberge.
Il était déjà trop tard. L'ennemi était sur ses talons, et un escogriffe qui devançait ses camarades lui lança sa pertuisane par les côtes avant qu'il eût mis entre eux et lui les six pouces de bois de sa bonne porte. Maillot put esquiver le coup, mais non le rendre, car il était sans arme. Il se signa, se croyant perdu, et ayant, avant de trépasser, la douleur d'entendre le cliquetis de ses fenêtres défoncées et de voir pénétrer sous le toit de ses pères les spirales de fumée des incendies voisins.
A ce moment, de grands cris retentirent dans le courtil, devers le Jardin des Archers ; une bordée de flèches traversa le porche en sifflant aux oreilles de l'aubergiste, culbutant le nez dans la crotte l'escogriffe qui le menaçait et ceux de ses camarades qui pénétraient déjà dans l'hôtellerie ; puis un groupe confus déboucha de l'intérieur, entraîné par une femme qui brandissait une hallebarde de sergent et criait d'une voix furieuse :
- A moi, les Archers ! En avant les Lillois ! Vive la messe ! A la rescousse ! Sus à ces truands ! C'était la belle Maillotte, l'oeil en feu, les cheveux au vent. Maillot poussa un rugissement de joie et d'orgueil, et ramassant la pertuisane qui avait failli le clouer à la muraille, il se jeta en avant, à côté de sa fille, en hurlant comme un possédé :
- La messe ! La messe ! Trahison, trahison ! Sans merci !
Cette attaque imprévue déconcerta les Hurlus, qui s'étaient avancé sans ordre, en pillards plutôt qu'en soldats ; les plus proches périrent ou s'en sauvèrent. Mais les chefs et le gros des bandes s'aperçurent de loin du petit nombre des archers, et poussèrent droit vers la poterne Saint Jacques. C'est alors que se passa un événement qui a fait l'admiration de tous les siècles et qui a montré ce que peut le courage d'une femme. Comme les archers voulaient chercher refuge dans la ville, la Maillotte se campa au milieu de la route, avec sa hallebarde, en criant :
- Allez-y, vaillants hommes ! Les femmes se chargeront aujourd'hui de défendre le faubourg, et demain elles chausseront vos chausses !
Alors, ils eurent honte, et l'un d'eux répondit simplement au nom de tous :
- Nous mourrons avec vous, la Maillotte.
- N'ayez crainte ! Nous tiendrons toujours assez pour donner à Célestin le temps d'amener les gens de Lille, qu'il est allé quérir.
Les confrères continuèrent donc à tirailler ferme, avec la belle Jeanne, debout au milieu d'eux. Mais ils n'auraient pas résisté longtemps, malgré leur grand courage, si les femmes du faubourg, exaltées par l'exemple de la Maillotte, n'avaient à leur tour pris part à la bataille selon leurs moyens, jetant par les fenêtres de grands paniers de cendre, des marmites d'eau bouillante ou bien poussant sur la chaussée des charrettes, des tonneaux et autres objets propres à encombrer la voie. Ces femmes étaient comme des furies, et les archers les excitaient encore par leurs acclamations.
- Hardi, les luronnes ! Encore une canette de petite bière à ces cadets-là ! Bravo, la commère ! Voila ce qui s'appelle nettoyer proprement sa cheminée !... Casse-cou, la mère !... Ah ! Maudit, il l'a tuée !... Attends, Canaille !... Il a son compte ; c'est pain béni !
- Aux fenêtres et fermez l'huis ! crièrent en accourant ceux des archers qui tiraillaient du côté du chemin de ronde. Voici l'ennemi. Tout le monde battit en retraite dans l'hôtellerie, dont on referma les lourdes portes, et l'on s'établit subtilement aux ouvertures pour défendre, autant que faire se pouvait, les abords de la poterne.
- Les fieux de Lille ne viennent pas souvent, murmura tristement Jean Maillot à sa fille.
- Chut ! répliqua-t-elle en lui saisissant le bras et en tendant l'oreille. Le vieillard écouta. On entendait, en effet, par intervalles, dans les courtes accalmies du branle-bas, un grondement lointain qui grossit avec rapidité et éclata bientôt en un champ formidable de l'autre côté du rempart. C'était une mélopée courte, énergique et lugubre tout à la fois, répétée à l'unisson par des milliers de voix et restée fameuse dans le pays de Lille :
Vivent les Saint Sauveur, Ma mère !
Vivent les Saint Sauveur !
A la bataille, ils ont du coeur,
Vivent les Saint Sauveurs !
- Alerte ! Voici les Lillois ! cria Jeanne. Allons, aux derniers les bons ! Mais tout effort était maintenant superflu : une grêle de pierres descendit du rempart, aussi roide et mortelle que les longues flèches des Confrères de Saint Sébastien : c?étaient les frondeurs du quartier Saint Sauveur qui ouvraient la danse ; et au même moment, les arquebusiers, les arbalétriers et les piquiers débouchèrent pêle-mêle par la porte Saint Jacques. Les choses changèrent alors de figure, et la chasse aux Hurlus commença.
S'il s'en sauva, il ne s'en sauva guère. Il faut croire qu'ils firent mine piteuse et déconfite, car depuis lors, toutes les générations qui se sont succédées ont pris soin d'humilier leur mémoire dans le cortège fameux des Fastes de Lille. A vous dévoiler le fin fond et le tréfonds de mon idée, je pense que les gens de chez nous avaient eu une veinette épouvantable, et qu'ils n'ont pas été fâchés de s'en venger sur des Hurlus en carton. Mais Passons.
V
Vous ne seriez, sans doute, point satisfait d'ignorer ce qu'il advint de la Maillotte ?
Quoi donc ! Elle resta Maillotte comme devant. On voulu lui faire des honneurs extraordinaires : mais elle n'accepta rien, montrant par là qu'elle avait encore plus de bon sens que de courage.
- Point de çà, dit-elle. Dans mon auberge, je suis née, dans mon auberge, je mourrai.
Le rewart vint lui rendre hommage à la tête des échevins, entouré de ses sergents et suivi de ses milices. Elle lui offrit proprement une canette de bière, en lui répondant :
- Ce que je désire, Monseigneur ? C'est qu'on rafistole comme il faut mes fenêtres escarbouillées.
Le seigneur de Beaurepaire, le grand connétable des Serments, voulu créer tout exprès pour elle une charge de Reine d'armes, comme il y en avait déjà une de Roy d'armes ; elle se mit à rire :
- Nenni, Messire ! Le populaire n'oserait mie venir gîter chez une reine, et je mourrai tantôt de faim dans ma royauté.
De guerre las, on finit par la laisser tranquille, et le temps aidant, il y a gros à parier qu'on aurait oublié ses exploits, si les Confrères de Saint Sébastien n'en avaient fidèlement gardé la tradition. Longtemps après, lorsque la Maillotte rendit son âme à Dieu, les Quatre-Serments rendirent à cette vieille grand-mère, chenue comme la fée Carabosse, les mêmes honneurs qu'à leur connétable lui-même. Et comme les gens d'alors s'étonnaient de cette chose inouïe, on remit au jour l'histoire que je viens de narrer ici, et que le peuple de Lille n'a plus jamais oubliée depuis.
