- J'ai vu, dans Match …
- Quoi, parce que tu lis Paris Match, toooâââ ?
- Oui, enfin, c'était dans la salle d'attente, chez le dentiste … (1)
Il y a un homme et une femme. Une maison que l'on devine cossue, sans être pour autant tape à l'oeil. Il y a aussi une piscine, l'homme et la femme qui batifolent, se papouillent. De temps en temps, on entend un avion, au loin, on pourrait être en région parisienne. Mais il y a aussi cette église qui sonne, toute proche, qui évoque plutôt la campagne. Va pour les
Yvelines. Peut-être.
Michel Rocard, ancien premier ministre et plus récemment
miraculé de Calcutta, signe
un retour cette semaine,
dans les colonnes de Paris Match. Acide mais lucide, à contre-courant des
nostalgiques aigris, il est toujours aussi indispensable. Dans une démarche très marketée, Paris Match diffuse, sur son site internet,
une interview vidéo(2) de l'ancien Premier ministre. L'article papier n'est pas disponible en ligne, la vidéo tient davantage du teasing bas de gamme que du supplément d'information.
Précisément, le soucis, c'est que, version internet, le célèbre "poids des mots, choc des photos" connaît quelques ratées. S'il n'y a pas de problème pour les photos (les voyeurs seront sans doute déçus par un Rocard qui ne porte ni cicatrice, ni pansement voyant), les mots laissent à désirer. Voir Rocard avertir qu'"il n'y aura pas de reconstruction sans qu'on pense", torse nu avec une serviette de bain à proximité, c'est quand même un peu léger, non ? Et cette voix féminine qui semble traduire (de français à français) la première question posée, rendant inaudible la réponse de Rocard ... ? Et ce montage qui fait se succéder Rocard habillé, Rocard torse nu, Rocard habillé, Rocard torse nu ... ? Manière subliminale de nous faire comprendre qu'il devrait aller se rhabiller, papy, ou simple erreur de monteur stagiaire ?
En fait, cette vidéo est surtout une illustration de ce hic que Rocard souligne avec plaisir. Vous autres journalistes, "vous ne savez pas comment nous traiter quand on n'est de simples fournisseurs d'idées", voilà l'accusation. Et il a raison Rocard. Encore une fois. La preuve. Pour qu'on le laisse dire ça, il a fallu qu'il s'exhibe, montre son crâne dégarni, son corps vaguement ragallardi. Et ces images, voilà ce qu'on retient, plus que ce qui est dit.
Je lis en ce moment
Si la gauche savait, son livre d'entretiens avec George-Marc Benamou. Dans
sa nouvelle édition augmentée, il livre quelques réflexions sur le début de la campagne présidentielle de 2007. Sans surprise, il est proche des critiques d'un Bayrou sur des médias responsables de la pauvreté du débat politique. Mais il va plus loin. L'ancien candidat à la présidentielle qu'il fut en tire la conclusion que l'élection au suffrage universel direct du Présdient de la République n'est sans doute pas
"la plus grande innovation politique du XXè siècle" chantée par
certains. Penser contre soi-même, ne pas avoir peur d'évoluer, ce n'est pas un retournement de veste, sans doute la seule manière de faire avancer la réflexion en politique.
Ah oui, j'oubliais Michel. Pour intervenir dans le débat sans être obligé de poser à poil, et permettre aux lecteurs de contourner l'alibi de la salle d'attente, il y a un moyen très facile. Lis donc des billets qui s'attachent aux idées sur des blogs,
comme ici où l'on parle de toi, d'ailleurs. Et puis je suis sûr que
Versac serait ravi de t'aider à faire un retour, un vrai, sur le net,
lui qui semble porter une attention particulière aux vétérans de la Vè République. Parce que, tu le sais mieux que personne, la gauche ne sait pas encore.
(1) : variante : chez le coiffeur
(2) pour la vidéo, je vous recommande de vous dépêcher, je crois qu'elle ne restera pas très longtemps en ligne sur le site de match, et l'hebdomadaire d'Arnaud Lagardère ne semble pas encore complètement converti au partage vidéo.
(photo : capture d'écran, parismatch.com)