Maurice Godelier, anthropologue, à l'issue d'une vaste étude comparative de 32 sociétés d'Océanie, en conclue qu'aucune de ces sociétés ne considère qu'un homme et une femme suffisent à faire un enfant…Ils ne participent que de la conception.
Pour que reproduction et filiation s'harmonisent, il y a toujours un intervenant extérieur, un ancêtre, un dieu qui fait le lien véritable entre l'enfant, ses parents et la société ;
En voici quelques exemples édifiants de sociétés traditionnelles :
Chez les Inuits, avant la christianisation, l'enfant est le produit de l'union sexuelle de l'homme et de la femme :
C'est la femme qui fabrique la chair et la peau de l'enfant, l'homme fabrique son squelette ;
le foetus n'a pas d'âme ; il n'est animé que lorsqu'il bouge, c'est-Ã -dire quand Sylla(Dieu, maître de l'Univers) introduit une bulle d'air, un souffle cosmique dans le corps du foetus ;
L'âme est le double du corps et elle porte l'identité d'un ancêtre décédé qui a choisi de se réincarner dans le ventre de cette femme ;
L'enfant à venir portera le nom, l'identité, de cet ancêtre ; ainsi, une mère peut s'adresser à sa fille en lui disant bonjour ma mère si elle incarne une sa mère…
De même, un garçon peut-être habillé en fille et porter un nom féminin s'il incarne une femme, et ce jusqu'à la puberté où il passe d'un sexe à l'autre en retrouvant son identité biologique…
La représentation de l'enfant est donc purement imaginaire et il parvient à s'identifier à celui qu'il incarne ;
Ce genre de conception a toujours été combattu par l'Eglise chrétienne pour qui l'âme est unique afin de distinguer ce qui sera sauvé de ce qui ne le sera pas !
Chez les Baruyas de Nouvelle-Guinée, une société sans classe, sans castes et sans Etat, ce sont les mariages selon les règles établies qui font l'organisation sociale et une forme d'économie primitive ;
il s'agit d'unesociété patrilinéaire où l'identité sociale des enfants est celle que leur transmet leur père qui a des droits exclusifs sur ses enfants :
la femme est un sac , un contenant..
C'est l'homme qui fait le foetus avec son sperme,sauf les doigts et le nez :c'est le Soleil (le Père) qui achève le foetus à l'intérieur du ventre maternel et qui lui donne son souffle ;
pendant la grossesse, l'homme nourrit l'enfant de son sperme ;
Pendant des mois suivant la naissance, c'est la mère qui élève et nourrit l'enfant ;
Il n'est pas encore complet car il n'a pas de nom, donc pas d'âme ;
C'est à l'issue d'un délai de survie qu'on lui donne deux noms : un nom qu'il portera à partir de 9 ans et un nom de non-initié qu'il portera avant ;
Son nom est porteur, comme chez les Esquimaux de l'âme d'un ancêtre mais, à la différence, il ne porte pas son histoire ;
Il faut donc 4 agents pour concevoir l'enfant : l'homme, la femme, le Soleil et l'ancêtre…
Vers l'âge de 9/10 ans, les garçons sont arrachés à leurs mères pour être emmenés, à travers d'un couloir immense, dans le monde des hommes ;
durant ce passage initiatique du couloir (100 mètres), ils sont frappés avec des épineux : c'est une re-naissance, où il va naître une seconde fois sans les femmes qui sont source de pollution , le sang menstruel affaiblissant la force masculine et étant source de désordre cosmique…
Les garçons vont alors vivre en couple homosexuel avec des adolescents de 15 à 20 ans qui vont nourrir les jeunes puceaux avec leur sperme ; les fellations ainsi pratiquées leur procurent la force et la vie ;
c'est la construction du pouvoir des hommes sur les femmes et d'un corps masculin dans un rapport politique ;
Vers 20 ans, le jeune homme se marie : le couple doit attendre que les parois du foyer soient tapissées de suie pour avoir des rapports sexuels ; en attendant, la femme fait des fellations à l'homme dont le sperme permettra de stocker le lait nourricier dans les seins maternels pour l'enfant à venir…
Cet imaginaire pur devient un rapport réel.
A l'inverse, dans une société matrilinéaire (en Nouvelle-Guinée également), c'est la mère qui transmet l'identité sociale des enfants :
L'enfant est le produit d'un mort qui veut se réincarner et qui pénètre la femme par la tète ou le vagin pour, dans l'utérus, rencontrer le sang menstruel ;
le foetus est fait du mélange de cet esprit et du sang ; l'homme n'intervient que pour nourrir le foetus de son sperme pendant la grossesse, pour boucher le trou et modeler l'enfant ;
il peut donc ressembler physiquement à son père mais pas de l'intérieur, ; si c'est un garçon, c'est du sang féminin qui coule en lui ; le mari n'est pas vraiment le père et c'est la mère ainsi que la famille maternelle qui élèvent l'enfant ;
L'on retrouve ce schéma en Chine (minorité Han) avec quelques différences : déjà , dans le ventre des fillettes, une déesse installe des foetus et l'homme ensuite, l'arrose , comme la pluie fait lever la graine ;
C'est la déesse, super-woman, qui fabrique les implants et l'homme fait la pluie (le même mot, dans la langue, désigne à la fois le sperme et l'urine).