Jean-Stéphane Devisse est Chargé de mission Changement climatique au WWF. Lors du Grenelle, il est coordinateur de l'Alliance pour la Planète pour le Grenelle de l'Environnement.
il nous fournit ici le premier article d'une série de trois sur le changement climatique et l'énergie.
Des inondations record en Grande-Bretagne tandis que les Balkans subissaient la canicule ; un cyclone dévastateur sur les Antilles tandis que la métropole connaît une météo plutôt fraîche pour la saison : les irrégularités du climat se sont multipliées cet été, et seuls les incrédules n'y verront pas un lien avec le changement climatique en cours. Il n'y a pas de groupe de travail spécifiquement dédié au changement climatique, au Grenelle de l'Environnement, mais un groupe Energie-Climat qui a fort à faire.
Le sujet qu'il doit traiter est en effet immense. Des énergies sous toutes leurs formes, à commencer par celle qui pose problème, le nucléaire, face auquel la position de l'Alliance pour la Planète est claire : l'énergie atomique n'est pas une solution pour éviter le changement climatique ; son développement est porteur de menaces avérées (que faire en cas d'accident grave ? que faire des déchets radioactifs ? comment empêcher leur prolifération ? comment éviter qu'ils tombent entre de mauvaises mains ?), et le coût de ses installations n'est pas à la portée des pays pauvres dont les habitants n'ont pas accès à l'électricité.
L'Alliance pour la Planète n'a d'ailleurs pas vraiment goûté le cadeau nucléaire de Sarkozy à Kadhafi?
Mais la question de l'énergie ne se résume pas à celle de l'atome. Le grand défit climatique ET énergétique de notre siècle, c'est avant tout de consommer moins, sans moins de qualité de vie. Ce que les spécialistes nomment la sobriété et l'efficacité énergétique pourrait réduire des deux tiers la consommation d'électricité en Europe, par exemple, en recourant aux technologies déjà sur le marché. Rappelons qu'un simple lampe fluo-compacte consomme cinq fois moins qu'une ampoule à condensation, à intensité lumineuse égale !
En la matière, les réservoirs d'économies d'énergie sont intarissables. Reste à produire pour nos besoins : sur le plan mondial, les énergies renouvelables sont en plein développement : l'éolien, le solaire, l'exploitation raisonnée de la biomasse, l'hydraulique à haute performance écologique, l'hydrolien (issue de la force des courants marins), la géothermie? sont autant de sources d'une énergie renouvelable bien sûre, abondante, durable, et dont les coûts sont en proportion d'un secteur économique émergeant, qui a donc besoin de tarifs attractifs pour asseoir sa compétitivité. Connaît-on, du reste, un seul secteur émergeant qui ne soit pas aidé ? Même la production et l'exportation d'armes le sont !
Alors, pour ou contre le développement de l'énergie de la paix ? Pour, dix fois, cent fois pour, mais il n'est pas certain qu'au Grenelle de l'Environnement, tous l'entendent ainsi. On en veut pour exemple l'absence remarquée des industriels nationaux du nucléaire, pour revenir à lui. Aucun ne siège au Grenelle. Bizarre, bizarre ? Seraient-ils pris par d'autres tâches, éminemment lobbyistes, auprès d'autres cercles de pouvoir ?
Sources : Les écolos au Grenelle sur le site http://legrenelle.lalliance.fr