Cher ami/chère amie,
avant hier, j'ai fait un rêve. Et dans ce rêve, il n'y avait pas de ghettos, il n'y avait pas de ségrégation, il n'y avait pas de sectes, il n'y avait pas de communautarisme. Dans ce monde, il n'y avait pas de blancs, il n'y avait pas de noirs, il n'y avait pas de bleus, il n'y avait pas de jaunes, il n'y avait pas de verts, il n'y avait pas de roses, il n'y avait pas de rouges. Seulement des hommes... Des hommes libres, des hommes ouverts, des hommes de coeur, des hommes d'esprit. Dans ce monde, il n'y avait pas de murs, simplement des adultes qui se tenaient la main et dont la ronde faisait le tour du monde.
Hier, j'ai fait un rêve, ou plutôt un cauchemar. Dans ce monde, on se battait pour être le chef. On manifestait pour éviter le retour de la Bête... Et moi, j'observais ces gesticulations, amères, parce que la mascarade ne dure qu'un temps et que le carnaval reprendra ses doigts. Chacun s'essayera à tirer son épingle là où il croira avoir eu mal. On catégorisera ses semblables. Il y aura des fous, il y aura des sages. Et chacun proclamera, avec mauvaise foi, qu'il est sage et que les autres sont fous... Chacun s'est essayé, on a catégorisé, encagé, on a proclamé, on a divisé.
Cette nuit, j'ai fait un rêve. Je me suis réveillé, je suis sorti des brumes et des marécages ; car l'ombre était éclairée et les bris de miroir s‘assemblaient jusqu‘à rendre inexistantes les fêlures ; car, dans ce songe, il y avait assez d'étoffes pour écrire l'Histoire. Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là . Il en est resté un. Un à ne pas perdre le nord, un à éviter la dispersion, un à ne pas croire que tout est perdu. Il en est resté un qui ne s'acharne pas à exciter les viles passions des foules, qui a compris les dangers du dogmatisme et du repli sur soi. Il y en a un qui ne se commet pas, dont les propos sont justes et lucides parce que ces deux mots sont les parents de la justice, de la fraternité, de la solidarité. Il y en a un qui ne commet pas de bourdes, qui ne dérape pas, parce qu'il est mu par la tempérance, par ce juste milieu et cet or qu'on associe à la mesure depuis des siècles en Occident. Il y en a un qui prend ses responsabilités, qui considère ses amis comme des adultes, et les adultes comme ses amis, comme des individus responsables auxquels on a longtemps fait croire que l'humanisme était dépassé. Oui, comme des amis, parce que la société n'est pas une somme d'individus mais, étymologiquement, un espace de cohésion où vivent des alliés et dont la réunion dans une cité est garante de l'épanouissement de chacun.
L'étau qui tente d'écraser cet engagement en niant les vertus du forum, en niant les échanges qui n'ont pour but que le Bien commun , revendique le droit de mettre les gens dans les cases et crie au fou, comme on crie au loup, crie à l'imposture comme à la mollesse. C'est oublier qu'à côté de cette prétendue mollesse, il y a des postures excessives, des caricatures certes expressives mais dont les effluves d'incompétence ou belliqueuses ont trop mauvaise odeur pour justifier, pour rendre légitime, l'accession au rang suprême de la République d'une tête brûlée ou d'un chef vacillant. Ce rang a encore de la valeur, l'individu qui prendra cette fonction représente l'ensemble de la population. Il ne représente pas une faction, avide simplement de pouvoir, il redonne ses lettres de noblesse, par delà les années, à la notion de démocratie, en montrant de l'intérêt à la population et en affirmant que cette population est une et indivise . On crie à l'imposture, au flou, à la mollesse, car l'on pense encore comme avant, lorsque le monde était profondément manichéen, or des murs sont tombés, et le Mur de la honte est tombé il y a 18 ans en Occident : l'ancien monde et ses gesticulations n'ont plus de raisons d'être. On crie à l'imposture, on pense au ventre mou des classements sportifs, où il y a un gagnant et des perdants, parce que l'on pense encore la politique comme une lutte pour le pouvoir et non comme une lutte contre l'injustice et le malheur.
Cette nuit, j'ai fait un rêve. J'ai vu des hommes et des femmes se rassembler. J'ai entendu des femmes et des hommes se mettre d'accord à l'unisson d'un homme sur la seule véritable révolution, celle des mentalités. Celle qui refuse les vaines querelles et qui souhaite un monde plus juste pour tous, avec tous. Un président, c'est un homme de rassemblement et l'unique personnalité qui a déjà commencé à rassembler c'est François Bayrou. Alors, je ne ferai plus de cauchemar, car je sais maintenant qu'il y a des hommes, des hommes et des femmes, pour qui l'espérance n'est pas un vain mot. Et je suis fier d'en faire parti et de croire en l'homme, de croire en son humanité.
Je voulais te faire part de ces songes et puis j'ai hésité ; et puis je me suis tu. Mais je ne crois plus au silence. Je ne suis pas Rimbaud. La poésie et les rêves sont toujours en avant.
Nous n'avons pas 5 ans à perdre, avec les mêmes errements. Nous n'avons plus, du tout, de temps à perdre.
ps : vous pouvez lire le carnaval "reprendra ses doigts" ou "reprendra ses droits". Il y a un lapsus avec cette paronomase, mais il me convient...