Une BD pas comme les autres. D'un auteur australien d'origine malaise.
120 pages silencieuses et oniriques, d'une qualité graphique presque inégalée, racontent l'histoire d'un père de famille migrant dans un pays lointain pour sortir de sa condition. L'histoire éternelle de tous les immigrés.
Sans le moindre texte, Shaun Tan réussit à nous faire percevoir l'étrangeté du monde dans lequel le père débarque (une sorte de New-York), le choc d'une culture inconnue, avec ses langages, ses codes, ses rituels incompréhensibles. Là, tout est différent, les gens ne sont pas hostiles mais il faut parvenir à se faire comprendre... comment trouver du travail, un logement, comment se nourrir dans une société dont les règles vous échappent, où même les animaux de compagnies se comportent de façon curieuse. Malgré tout, malgré son incapacité à communiquer dans le langage de ce nouveau monde (ce qui donne la clé de l'absence de texte de l'album), le père va se débrouiller, faire des rencontres (superbes, et qui sont le prétexte à des images inoubliables), gagner assez d'argent pour faire venir sa famille. La dernière image de l'album conclut merveilleusement cette histoire, intelligente du début à la fin. Les capacités d'adaptation de l'enfance, qui triomphe de tout.
L'auteur a mis quatre ans pour venir à bout de ce travail de titan. Les dessins sont d'une beauté renversante. Une oeuvre rare, unique.
C'est chez Dargaud, ça s'intitule "Là où vont nos pères", collection Long courrier.