
Quelques heures après la libération des infirmières bulgares, grâce, paraît-il, aux bons offices de Cécilia Sarkozy qui s'est enfin trouvé un rôle à sa mesure, notre nouveau président s'est rendu en Libye pour officialiser ce qui semble en être la contrepartie principale : l'accès de la Libye à la technologie nucléaire française. Un "mémorandum d'entente sur la coopération dans le domaine des applications pacifiques de l'énergie nucléaire" a été signé, mercredi 25 juillet, au pied des ruines de l'ancienne résidence du Guide de la révolution, bombardée par les Américains en 1986.
Pour ce qui concerne "les applications pacifiques", avec le Grand Humaniste Kadhafi, l'ensemble de la communauté internationale ne peut être en effet que rassurée.
"Je suis heureux d'être dans votre pays pour parler de l'avenir !", a écrit M. Sarkozy sur le livre d'or du Mémorial. Au pied d'un poing monumental écrasant un bombardier de l'US Air Force, les deux hommes ont ainsi scellé le retour de la Libye "dans le concert des nations", selon l'expression toute musicale de Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée.
Pour l'occasion, "le Guide", qui avait convié tous les huiles militaires du régime, arborait un costume blanc immaculé, de larges lunettes noires, une barbe de trois jours et un pin's géant en caoutchouc noir représentant le continent africain.
Les deux hommes sont ensuite montés à bord d'une limousine pour parcourir la centaine de mètres qui les séparait d'une grande tente, où ils ont plaisanté autour d'une table garnie de pâtisseries. Puis, en plein air, debout derrière leurs ministres respectifs - dont le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner (venu sans riz) et le secrétaire d'Etat à la francophonie, Jean-Marie Bockel (venu sans rire)†ils ont assisté, figés et muets, à la séance de paraphe de cinq accords. Outre la coopération universitaire, scientifique et culturelle, les deux textes les plus importants concernent les domaines militaire et nucléaire.
Le premier est un accord de coopération en matière de défense et d'industrie de défense. "La Libye a été le premier pays arabe à acheter des armes françaises", a indiqué Ali Triki, le "Monsieur Afrique" du colonel Kadhafi.
Le second texte prévoit l'accès de la Libye à la technologie nucléaire française, présenté comme un moyen d'aider les Libyens à désaliniser l'eau de mer pour la rendre potable, un processus très gourmand en énergie. "Cela signifie qu'un pays qui respecte les règles internationales peut se voir doté d'une industrie nucléaire civile", a indiqué M. Sarkozy, en rappelant que la Libye avait renoncé à l'arme nucléaire en 2003. "Si on ose dire que le nucléaire civil est réservé à la rive nord de la Méditerranée et que le monde arabe n'est pas assez responsable pour le nucléaire civil, on l'humilie et on se prépare à la guerre des civilisations", a poursuivi le président. "La Libye pourrait servir de modèle à d'autres pays", a confirmé M.Guéant.
Le nucléaire pour rendre l'eau potable, il fallait y penser ! Une idée à soumettre de ce pas -militaire- au régime iranien, lui aussi gourmand en énergie caspienne !
Le premier ministre libyen, Mahmoudi Bagdadi, a précisé que la centrale nucléaire devrait être construite dans les environs de Tripoli. Il espère qu'elle sera opérationnelle "au mieux dans cinq ou six ans". Selon M. Guéant, une première mission de faisabilité a été entreprise il y a moins d'un mois, en Libye, avec l' industriel français Areva et le Commissariat à l'énergie atomique (CEA).
Mais M. Sarkozy a laissé entendre que l'accord nucléaire avec la Libye pouvait aussi servir les intérêts français et ceux du groupe Areva qui "a besoin" d'uranium, selon lui. Le chef de l'Etat français a révélé que Tripoli avait un stock de 1600 tonnes d'uranium, et que son sous-sol pourrait être riche d'autres réserves. Un programme franco-libyen de recherche et de prospection dans le sud du pays va être lancé.
Enfin M. Sarkozy s'est félicité de l'adhésion de M. Kadhafi à son projet d'"Union méditerranéenne", promettant même "un sommet des chefs d'Etat méditerranéens au premier semestre 2008". Le président veut "faire la même chose que les Européens, il y a 60 ans, avec des programmes concrets". "L'eau peut être à la Méditerranée ce que l'acier a été pour l'Europe [dans les années 1950]", faisant allusion au programme de désalinisation de l'eau du colonel Kadhafi. Le président estime que tous les pays de la Méditerranée ont vocation à entrer dans cette nouvelle Union, "y compris Israë et la Palestine", tout en reconnaissant n'avoir pas abordé ce point avec "le Guide". M. Sarkozy a accepté, "comme première étape", la proposition libyenne que les négociations s'ouvrent à "cinq pays africains et cinq pays européens, c'est-Ã -dire autour de la Méditerranée occidentale". "Ce qui distingue Sarkozy de Chirac, c'est son réalisme", se félicite M. Triki.
Aux critiques sur sa realpolitik économique, M.Sarkozy réplique : "D'autres sont venus en Libye alors que le processus de libération n'avait pas commencé ! J'avais dit que lorsque le problème des infirmières serait réglé, je viendrais. Il vaut mieux venir après qu'avant."
On ne saurait mieux dire. Merci Cécilia. Merci Nicolas. Merci Mouammar. C'est simple, la géopolitique. Et ça ne manque pas de sel.