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Le bonheur de Justine ( L'affaire spirituelle
Ce soir là , Michel et Justine sont venus sonner chez moi. Il y avait aussi Clarisse, la colloc de Michel, une punkette qui regardait trop les clips de Bjork. - Allez on t'embarque ! - Ah ouai et ou ? - Qu'est ce que tu peux être curieux ! Disons que c'est une surprise. Justine était maquillée façon bal des vampires. Elle portait des lentilles roses, une jupe à paillettes roses et un gilet en moumoute rose. Quant à Michel il était affublé d'une grande cape brodée de symboles cabalistiques. - C'est une soirée costumée ? - On peut dire ça comme ça. Leurs regards se posèrent sur mon jean fatigué et mon tee shirt à l'effigie de label Syrcus. Michel m'a tendu un sac. - Tiens mets ça. Dans le sac il y avait une tenue qui aurait pu être un mélange entre le smoking et le costume de magicien à queue de pie. Le tout recouvert de paillettes rouges. J'ai essayé la tenue et j'ai voulu constater devant le miroir. Contre toute attente je me trouvais très beau, le complet paraissait avoir été taillé sur mesure - Whoua la classe ! - C'est vrai que ça assure.
On est sorti. Il faisait encore très chaud et les terrasses ne désemplissaient pas. Les gens nous regardaient. Certains se marraient . Au bout de ma rue, il y avait la camionnette de Michel. On a roulé sur bien 30 km, du centre ville, à la banlieue jusqu'à aboutir à une grosse maisonnée à trois étages perdue dans son immense parc. Dans l'allée gravillonnée qui servait de parking, j'ai tout de suite saisi le style de la soirée : Free party gothique et ultra fashion, le tout baignant dans un océan de fric ! Toutes les personnes présentes étaient déguisées , splendides et flamboyantes, une sorte de podium haute couture géant. Ouf je passais inaperçu. Le dancing était installé dans le salon principal, un DJ mixait une house tranquille aux accents cold wave. Peu de danseurs, on était qu'aux prémisses de la nuit. Justine me lança un regard amusé. Elle était déjà passée par le bar. - Alors ça te plaît ? - Carrément ! - Tiens boit ça. - C'est quoi ? - C'est du rhum au gingembre, la boisson officielle de la soirée. On a trinqué tous les quarte. Michel a proféré une maxime incompréhensible qui allait de pair avec son look de maître de cérémonie obscure - genre société secrète -. On a bu cul sec et on a tous fait en choeur une grosse grimace : Le gingembre mettait le feu à nos papilles gustatives. Ça nous à fait marrer sauf que un quart d'heure après, alors que Clarisse dissertait sur le concept de musique electro néo new wave, j'ai senti une grosse vague de chaleur qui montait en moi. J'ai regardé Justine et j'ai tout de suite su qu'il n'y avait pas que du rhum et du gingembre dans le cocktail. Les invitées se pressaient sur la piste. Le rythme des BPM était monté d'un cran, ainsi que les vagues de chaleurs qui me parcourraient de la tête aux pieds. J'avais pris malgré moi, non pas un de ces excitants style MDMA, mais un hallucinogène puissant. J'étais donc face à deux choix : le premier était d'analyser ce qui me passait par la tête, ce qui aboutirait forcement à ce qu'on appel le bad trip introspectif. Le second choix était de me laisser complètement aller, d'abandonner la raison auto réflexive au profit d'une libération de mes sensations. Justine m'a prit par la main, m'a poussé sur la piste et a entamé une sorte de danse tribale, m'invitant à l'imiter, elle m'a bien aidé à faire le second choix.
Le lendemain, en fin d'après midi, je suis allongé sur un lit dans une des chambres de la maison, encore affublé d'une partie du costume à paillettes. Tout est fini. La monté, la folie, la descente. Je suis revenu à l'état de conscience zéro, celle de la normalité du quotidien. Justine est à côté de moi. Elle dort. Elle sourit quand elle dort. Elle a l'air bien. Elle est belle. J'essaye de reconstruire le puzzle des souvenirs de la nuit. J'ai du mal avec les souvenirs. Il y en a un néanmoins qui reste prégnant. Moi et Justine, on est nu dans le jardin. Il fait chaud. Elle me masse le ventre. Il n'y a absolument rien de sexuel dans cet acte. J'ai l'impression d'être un funambule sur un fil tendu entre deux sommets de montagne. Un geste de travers et je tombe (= je meurs d'une forme de crise cardiaque). L'attention est à son comble ; les arbres et les plantes sont les témoins amusés de cette scène. Ils sourient et m'aident à tenir en équilibre. On ne se parle pas mais j'entends dans ma conscience ce qu'elle me dit. Elle m'invite à me libérer de mes tensions émotionnelles. Je revois comme en flash back les petitesses de ma vie et de mes pensées mesquines. J'ai eu une poussée d'amour universelle, une forme d'amour dénuée de tout ego. Je saisis l'essence des choses. Les paradoxes du beau et de laid, du bien et du mal cohabitent comme étant une seule identité. Le concept de causalité prend tout son sens. Un acte décrié comme étant mal à une résultante sur ce qui est décrié comme étant bien...etc., etc…Le jugement se tait définitivement et laisse place à une contemplation froide et sage du monde.
Merci Justine, jamais plus je ne te prendrais la tête sur tes choix, jamais plus je jouerais les moralisateurs bornés et cons. La vraie vie est ailleurs. L'espace d'un instant, j'ai vu cet horizon et cette vision ne quittera à jamais mon esprit et servira j'espère de fil tendu à mon existence.
Source : hautetfort.com
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