S'il y a bien un truc que je ne supporte pas (mais hélas je crois que c'est en partie narcissique) c'est de faire du mal aux gens. Et pourtant je suis une grande moqueuse, c'est génétique. Mais jamais en face (autant éviter de se prendre un pain). Cependant quand j'ai l'impression d'avoir fait du mal, ou d'avoir peiné quelqu'un même pour une broutille je me ronge les sangs.
Hier je devais interviewer un artiste pour une série d'expositions. Déjà quand je l'ai eu au téléphone pour prendre le rendez-vous je me suis dit que ce ne serait pas facile, il s'exprimait difficilement. J'avais l'impression de l'agresser. J'ai compris en le rencontrant. Un jeune type qui pourrait jouer le rôle de Jésus au cinéma, très grand, très brun, très maigre, presque sec. Mais épouvantablement timide, ce qui aurait encore moins aidé Marie-Madeleine, croyez-moi.
Je vous passerai l'explication de son art, ce n'est pas inintéressant, bien au contraire, mais disons que je serais vite repérée !
Il me demande sur la pointe des pieds si je veux boire un thé puisqu'il est en train d'en faire, j'accepte volontiers. Et là s'échappe dans l'air une odeur âpre qui prend littéralement à la gorge. Bon, je me dis que ça doit être les peintures. Non, c'est le thé. Si quelqu'un connaît ce parfum de thé (vert? blanc?) qui empeste et sent la terre...
Mais je suis une jeune femme bien élevée, donc je bois quelques gorgées en essayant de retenir ma respiration (mission périlleuse) alors que lui boit tout cul-sec. Je fais diversion en posant mes questions, essayant tant bien que mal d'approcher encore le bol de mes lèvres, mais je me dis que si ça continue je vais rendre mon gâteau d'anniversaire. Mais miracle, l'entretien touche à sa fin, il m'a tout dit, les photos sont dans la boîte. Je reprends donc mes affaires, laisse le bol aux 3/4 plein, et lui dis "Bon je suis assez pressée, désolée je n'ai pas le temps de finir le thé, merci pour votre accueil"
Aussitôt arrivée dans la voiture je me suis sentie nulle de m'être ainsi carapatée.
Cela dit, j'ai écrit un article plutôt sympa et qui devrait lui plaire, même si ce n'était pas le but. Je suis une gentille vieille fille.
EDIT du 2 août : épilogue de l'histoire, j'étais tellement pressée de partir que j'en ai oublié de le prendre en photo. Mais rassurez-vous je n'ai pas été obligée d'y retourner (une âme charitable a compris mon embarras...)