C'est un peu comme si j'étais enceinte mais sans l'avoir souhaité, comme si c?était la conséquence d'une agression sexuelle, d'un viol. Je ne veux pas de cette enfant, je n'en ai jamais voulu d'ailleurs mais elle fait déjà partie de moi, je le sais, je le sens.
C'est un peu comme si je vivais dans un pays où l'avortement serait interdit. Formellement interdit. Et par la même occasion, l'abandon aussi serait interdit. Je n'aurais donc pas d'autre choix que de porter cette enfant, de la mettre au monde et de l'élever. Alors autant essayer de l'aimer afin que notre vie, à elle comme à moi, ne soit pas trop amère.
Je n'ai pas le choix, je dois l'aimer. Je dois l'aimer pour pouvoir vivre avec elle, au quotidien. Rien ne sert de me braquer, elle sera la plus forte et alors, elle me fera souffrir, elle me fera mal. Alors, je me renseigne, je m'informe et je l'apprends. Vivre avec elle, née de moi, en moi et unies pour la vie comme dans un mariage imposé, une union damnée.
Et pourtant, je n'ai pas peur, je reste confiante ou peut-être suis-je inconsciente, je ne peux le dire. Je ne me sens pas gestante même si j'en ai certains symptômes. Mais je me suis habituée à ces doigts froids et insensibles, ces troubles sensitifs . Je crois que je n'arrive pas à réaliser ce qui me tombe dessus. Et je ne peux m'empêcher de me demander : pourquoi moi ? Mais pas sur le ton plaintif et geignard de celle qui cumule les difficultés, non, plutôt pour savoir à quoi, à qui cela servira. Parce que je suis comme cela, je reste persuadée qu'il n'y a pas de hasard dans la vie mais des évènements prévus pour chacun d'entre nous. Et il me faut juste savoir pourquoi cette future paralysie et, dans sa forme la plus grave, une tétraparésie spastique progressive avec troubles sensitifs et moteurs, altération des réflexes, du contrôle des sphincters et de la marche m'est réservée. Et comme je suis sensible aux signes, je me dis que je n'ai pas croisé Ioana par hasard, dans cette immense blogosphère, que je n'ai pas choisi innocemment le nom de mon détective, Claude Lhermitte, dans Allogène. Et moi qui pensais faire un clin d'oeil à un ami !
Claude Lhermitte, vous demandez-vous ? Mais que vient-il faire là-dedans, celui-là ? Eh bien, j'ai appris ce soir qu'il existait un "signe de Lhermitte". Oui, oui, je vous assure ! J'ai cru que je voyais mal ! D'ailleurs, en voici la définition :
| Définition | Sensation de décharge électrique parcourant le dos et les jambes lors de la flexion de la colonne cervicale, fréquemment observée dans la sclérose en plaques et parfois au cours de certaines compressions médullaires et myélopathies cervicales. |
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| Source | Dictionnaire de médecine, préf. de Jean Hamburger, Paris, Flammarion, 1982, 935 p., p. 464. |
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Vous ne m'enlèverez pas l'idée que notre subconscient, notre inconscient nous parle. Et il est loin d'être inculte, le bougre !
C'est un formidable booster, j'ai soudain des envies de marches, de randonnées. J'ai envie de me balader en montagne, d'avancer, un pas devant l'autre, encore et encore, avaler des kilomètres, marcher, MARCHER. J'ai besoin de raconter mon histoire, d'en parler, de m'entendre en parler comme pour apprivoiser cette saleté, arriver à la toucher sans qu'elle me morde, sans qu'elle m'attaque. Le but à atteindre : qu'elle me mange dans la main et m'apprécie tellement qu'elle en oubliera toute agressivité évolutive.
Lorsque je suis seule, je lui parle. Pas à haute voix, je n'en suis pas là, il ne faut rien exagérer. Non, je lui parle dans ma tête. Tous les jours. Ce n'est pas difficile, je lui parle à chaque fois que je sens que je commence à avoir mal à la tête. Donc, je lui tiens un discours tous les jours, du milieu de l'après-midi jusqu'en soirée. Du coup, la migraine ne se déclenche pas mais reste en latence juste pour maintenir le contact entre elle et moi. Je lui ai donné un petit nom : Mycer comme? misère prononcée avec l'accent alsacien ? Ca, c'est un diminutif affectif? peut-être en espérant un jour une diminution de l'affection ? Son vrai nom ? Bon, tenez-vous bien, ce n'est pas très facile à prononcer mais avec un peu d'entrainement vous pourrez arriver à le cracher d'un seul tenant : myélopathie cervicarthrosique.
Et pourtant, amoureuse des mots, je n'ai pu m'empêcher de trouver que myélopathie était douce à l'oreille, assez joliment orthographiée. Et puis je me suis reprise. Il ne faut rien exagérer ! L'apprendre, nous familiariser, nous accoutumer l'une à l'autre ne signifie pas que je devienne fallacieuse et sucrée. De toutes façons, elle est bien trop maligne ! On ne la lui fait pas.
Tout cela pour vous dire que les petits déjeuners quotidiens pourraient très bien ne pas toujours être prêts, en temps et en heure, à l'avenir. Tout cela pour vous expliquer que j'aurai peut-être un peu de mal à vous préparer vos tartines, un de ces jours. Mais aussi pour vous dire que le pain rassis est délicieux grillé ou en pain perdu. Et que, peut-être qu'un de ces quatre, ce sera à vous de me préparer mon petit déjeuner.
Mais rassurez-vous, nous n'en sommes pas encore là !
© 2007 Plum'