PARIS (AFP) - Vingt-cinq organisations de l'enseignement supérieur et de la recherche, mais aussi la Ligue des droits de l'homme et des parents d'élèves ont réclamé lundi d'une même voix l'abandon du projet de loi sur l'université dont l'examen a débuté le même jour à l'Assemblée.
Démarche "inédite en cette période de l'année", le Snesup-FSU (principal syndicat de l'Enseignement supérieur), les syndicats de l'Unsa-Education, la Ligue des droits de l'homme (LDH), le Syndicat de la magistrature, la FCPE (parents d'élèves), Sauvons la recherche, Attac, l'Union nationale lycéenne (UNL), le Réseau université sans frontières, pour ne citer que ces organisations, ont tenu lundi pour une conférence de presse commune.
Enonçant pour objectif de "mettre en échec" le projet de loi, le Snesup-FSU, initiateur de cette démarche, a évoqué des "actions à la rentrée", sans exclure "la grève", selon Jean Fabbri, son secrétaire général.
Les organisations d'étudiants étaient absentes: interrogé par l'AFP, le président de l'Unef, Bruno Julliard, a indiqué préférer tabler sur une modification du texte pour le "rendre acceptable", plutôt que de demander son retrait.
"Je pense que les étudiants nous rejoindront", a néanmoins estimé M. Fabbri, leur lançant, avec "un espoir raisonnable" de succès, "un appel" à se joindre à la mobilisation.
Le projet de loi, voté par les sénateurs le 12 juillet, prévoit que dans un délai de cinq ans, toutes les universités accèderont à l'autonomie dans les domaines budgétaire et de gestion de leurs ressources humaines.
Or l'autonomie "ouvre la porte à leur développement inégalitaire favorisé par la course aux financements et par le désengagement de l'Etat", estiment dans un texte commun les organisations, qui redoutent l'introduction de "mécanismes concurrentiels entre universités et entre individus".
"Les diplômes n'auront pas la même valeur selon qu'on les aura obtenus dans un Pôle de recherche et d'enseignement supérieur (Pres) prestigieux ou dans un établissement de seconde zone", a fait valoir Marie Ganozzi, du Snasub-FSU (personnels non enseignants).
Autre sujet d'inquiétude, pour les signataires, la possibilité offerte au président d'université de recruter des contractuels: selon eux, cela "casserait le statut" de la fonction publique et introduirait davantage de "précarité".
"Nous sommes dans une logique globale de démantèlement du service public", a ainsi affirmé Danièle Lochak, vice-présidente de la LDH.
Celle-ci a par ailleurs dénoncé, "même si ce n'est pas dans le texte" en discussion à l'Assemblée, "les lois Sarkozy" sur l'immigration, qui aboutiront, selon elle, au "tri, sous (couvert du) label +compétences et talents+, des étudiants étrangers" désireux de venir étudier en France.
La FCPE craint enfin que le texte n'engendre "une augmentation des frais de scolarité".
"Des motions demandant le retrait du projet de loi" ont été adoptées par différentes instances, dans quelque "40 universités" (sur 85), a assuré le président de l'Université de Paris VIII, Pascal Binczak, présent à la conférence de presse, à titre individuel.
La Conférence des présidents d'université (CPU) n'est en effet pas signataire du texte commun, ayant émis "un avis très positif sur le contenu de la loi", a précisé à l'AFP Jean-Pierre Finance, son premier responsable, en rappelant que la CPU était demandeuse du texte.
En outre, trois pétitions émanant essentiellement des personnels - surtout les enseignants-chercheurs - contre le projet circulent, qui ont recueilli quelques milliers de signatures.