Résumé de l'épisode précédent : prise de violents maux d'estomac, Pomme, de Charybde en Scylla, échoue dans les urgences d'un petit hôpital toulousain où elle vit une expérience cauchemardesque digne de Stephen King. La douleur résistant à tous les traitements, elle va en urgence consulter un Spécialiste du Bidon (autrement appelé gastro-entérologue) qui lui colle une autre tartine de médicaments, se révélant aussi inefficaces que leurs prédecesseurs, et qui lui donne rendez-vous pour un examen barbare. Sagement, Pomme rentre chez elle pliée en deux et attend impatiemment le verdict du tuyau dans le bide...
Promis, ce sera la seule fois où je parle de moi à la troisième personne.
Or donc, je quitte le cabinet de ce médecin pleine de doutes. Et il se trouve que j'ai bien raison, car le week-end suivant, la douleur s'intensifie tellement qu'elle irradie dans mon bras gauche, pendant une trentaine de minutes j'ai bien cru que je faisais un infarctus. Oui, je sais, on n'a pas d'infarctus à 33 ans, en général, mais j'aurais bien voulu vous y voir.
Quelques jours plus tard, exsangue, totalement déprimée par la souffrance et follement angoissée par l'éventualité d'être atteinte d'un mal inconnu et incurable, je retourne chez mon généraliste. Mon état lui donne manifestement l'irrépressible envie de se gratter la tête, traduisez Mais qu'est-ce qu'elle peut bien avoir celle-là . En effet, c'est une excellente question, avouez qu'y trouver une réponse serait du meilleur goût. Mais faut pas rêver, aucun diagnostic ne saurait être donné avant l'exploration de mes entrailles. Me voilà donc repartie avec une nouvelle ordonnance.
Et là ! Le miracle, l'inespéré, l'inouï : ces nouvelles saloperies chimiques finissent par me soulager !!! Je n'ose croire à tant de bonheur, je passe deux ou trois jours à me tâter nerveusement l'estomac pour vérifier que je ne rêve pas, mais non, c'est bel et bien la vérité, je n'ai plus mal. Je me fais violence pour ne pas courir à l'église la plus proche allumer un cierge. Et je fête ça à grandes lampées de Tariquet, ce qui, je vous l'accorde, est lamentable.
Arrive une nouvelle semaine qui cette fois, m'amène une crève carabinée. Cette fois mon corps fait sécession, c'est sûr, je suis au fond du gouffre. Comme à chaque fois que j'attrape un banal rhume, je me mets à tousser comme une perdue, c'est moi qu'Alexandre Dumas aurait dû prendre comme muse quand il a écrit La dame aux camélias. Du coup je retourne chez le médecin, furieuse d'engraisser avec libéralité cette corporation qui n'a pourtant pas besoin de mon argent, tout ça pour entendre un enième sermon sur la cigarette-responsable-de-tous-les-maux-de-la-terre, oui Madame, les sept plaies d'Egypte sont nées dans un champ de tabac. Passe encore, je suis habituée, et puis c'est son métier hein, il va pas me dire de me mettre aux Gitanes maïs. Le problème, c'est qu'il me déconseille formellement d'aller passer mon examen dans cet état, rapport à une possible perforation de l'estomac ou chais pas quoi, bref un truc qui fait pas envie.
Malgré les apparences, ça devait être mon jour de chance, car j'arrive à déplacer le rendez-vous cinq jours plus tard seulement...
Déjà il faut arriver à 10 heures du mat à jeûn. Donc sans manger ni boire, même pas de l'eau, alors que je suis réveillée depuis 7 h. C'est donc dans une humeur EXQUISE que j'arrive à l'hôpital. On me colle dans une chambre en me disant qu'on viendra me chercher vers midi. Oui parce qu'il faut venir à 10 h, mais l'examen a lieu vers 13 h. Là encore j'abandonne sur le champ l'idée de demander une explication à ce décalage horaire, je suppose que pour comprendre il faut avoir fait dix ans de médecine.
Je pourris donc sur pied pendant presque trois heures, dans une chambre où bien entendu il fait 35°, en crevant de faim et de soif. On vient finalement me chercher, pour m'emmener au bloc, le tout bien sûr en faisant rouler le lit sur lequel je gis, à moitié insconsciente tant mon corps entier réclame de la nourriture. Une infirmière se pointe avec l'inévitable cathéter à la main. Mais je suis résignée, je n'ai même plus la force de me révolter contre la possible répétition du charcutage récent dont j'ai été victime. Je tends mon bras gauche comme on irait au bûcher... nouveau miracle, en cinq sec et sans douleur, l'affaire est faite. Je suis sidérée, j'ai presque envie de demander à la dame si elle est bien certaine que ça a marché. Mais apparemment, oui, donc je reste coite et je commence à attendre.
J'ai attendu deux heures. Oui, deux heures, dans l'entrée du bloc opératoire, avec près de moi des compagnes d'infortune, allongée sur mon lit de douleur, l'estomac dans les talons, la bouche sèche et les néons dans les yeux, avec une migraine mémorable qui enfle entre mes tempes. Le médecin a eu un contretemps (c'est le moins qu'on puisse dire) et il a deux heures de retard. Sans blague ? Si si. On nous jure que c'est la première fois que ça arrive, le docteur est hyper ponctuel, vraiment vous n'avez pas de chance ! Merci de me le signaler, je n'avais pas remarqué. Ma malchance me vaut donc deux heures dans ce couloir, avec autour de moi un ballet affairé d'infirmières et de médecins, qui très rapidement ne semblent même plus s'apercevoir de ma présence. A la fin, j'étais à deux doigts d'arracher ma perfusion pour cavaler dans ma chambre récupérer mes affaires et rentrer chez moi avec mon alien dans le bide.
Mais bien évidemment, c'est le moment que choisit le médecin pour arriver, la gueule enfarinée. C'est moi qui doit y passer en premier, et là c'est le trou noir : l'anesthésie a bien marché, rassurez-vous, pour une fois ma scoumoune m'a abandonnée. Je me réveille un quart d'heure plus tard, sans difficulté, j'ai l'impression d'être intacte, tous mes membres sont présents, et je ne suis ni aveugle ni sourde. Voilà mon docteur qui se radine et qui me dit texto Vous avez une gastrite, mais je n'ai rien trouvé.
Ah ben c'est sûr que si tu t'attendais à trouver une chaîne de vélo, t'as dû être sacrément déçu, parce que je me rappelle pas en avoir mangé récemment. Et si tu sous-entends (oui je tutoie les gens dans ma tête quand je suis énervée) qu'une gastrite, c'est RIEN, c'est que tu n'en a jamais eu, gros malin. Depuis, je cherche désespérément quel sens cette phrase sybilline peut bien avoir, mais rien à faire, je ne trouve pas. Ca doit être du jargon médical, je vois que ça. Ou alors il était dépité que j'aie pas un truc grave, je suis peut-être pas une patiente intéressante ? A l'heure qu'il est je n'en sais pas plus, j'attends le compte-rendu écrit de l'examen.
Mais la journée est loin d'être terminée. On me ramène dans ma chambre, où sitôt arrivée je demande à l'infirmière, les yeux brillants d'espoir, si je peux me BARRER. Elle élude habilement ma question et me propose à manger et à boire. Etant donné qu'il est presque 16 h et que je n'ai rien avalé de la journée, je tombe dans son piège sournois et j'accepte avidement. Je boulotte le somptueux repas qu'on m'apporte, un truc digne des plus grands chefs étoilés, et je finis par exprimer à nouveau mon ardent désir de rentrer chez moi, bordel de merde (oui je suis vulgaire, ça fait du bien. Mais j'ai pas dit ça à l'infirmière, je suis bien élevée quand même). Elle me regarde d'un air surpris et me dit que non, pas du tout, il faut AB-SO-LU-MENT que je voie l'anesthésiste avant de partir. Pourquoi, comment, ça, je ne le saurai jamais. Après l'avoir quasiment suppliée de m'enlever au moins ma perfusion, je me résigne donc à attendre.
L'anesthésiste débarque à 17h30. Je suis alors dans un état de nerfs indescriptible, je me demande comment j'ai fait pour pas me transformer en Hulk. M'attendant à un examen rapide, ou au moins à quelques questions, j'essaie de contenir ma fureur, mais peine perdue, le médecin daigne à peine me jeter un regard et m'annonce qu'elle va signer ma fiche de sortie. Ben j'aurais pu la signer aussi, à ce compte-là ! J'ai juste le temps de lui arracher une ordonnance pour mon médicament miracle, sans quoi je vais probablement recommencer à souffrir mille morts, et je pars de cet endroit maléfique en me retenant de courir comme une dératée (non, c'est pas vrai, je ne sais pas courir, c'est juste pour vous donner une idée de ma détresse).
Voilà. J'en suis là, c'est-à-dire nulle part. Peut-être les résultats de cette journée horrifique m'aideront-ils à avancer sur la piste de la mystérieuse maladie, mais franchement, j'en doute. Et je ne sais même pas si j'en toujours envie, vu les conditions dans lesquelles il faut s'attendre à être pris en charge médicalement. Je mesure, malgré tout, le chance que j'ai d'être soignée, par rapport à tant d'autres qui sont condamnés à crever sans se plaindre ; mais tout de même, je voudrais pas dire, il y a comme un grain de sable dans le mécanisme hospitalier. Un peu d'humanité ne nuirait pas, si vous voulez mon avis.
Et comme à chaque fois que je me révolte contre la médecine (à chaque fois que j'y suis confrontée, donc), j'ai décidé d'arrêter de me gaver des substances toxiques qu'on nous vend comme des pilules miracle. De toute façon ce médicament me donnait des vertiges, avoir l'impression qu'on a bu du Cognac au petit déj, ça va deux minutes. Je vous le donne en mille, je n'ai plus mal nulle part. Ca serait un peu freudien que ça m'étonnerait pas.
Edit de quelques jours plus tard : j'ai reçu les résultats ! Alors alors, votre verdict ? Vous avez deviné : je n'ai rien. Rien de rien, pas la moindre petite pathologie. J'ai mal à l'estomac, c'est la faute à Nicolas (Sarkozy, bien sûr, mais avec son nom ça rime pas). La bonne nouvelle, c'est que je vais enfin pouvoir cesser de me faire brutaliser par le système hospitalier et médical. La mauvaise, c'est que la seule solution en cas de douleur, c'est de me gaver de saloperies chimiques qui me feront mal ailleurs qu'à l'estomac. Je commence à comprendre les gens qui prient... je ne suis pas sûre de m'y mettre, mais je commence à comprendre.