S'il y a bien quelque chose qui me met de mauvaise humeur, ce sont bien les automobilistes. Les mauvais automobilistes. Et notamment sur les grands axes que sont les autoroutes.
En ville, et plus particulièrement à Paris, c'est du chacun pour soi. On klaxonne, on insulte, on passe à l'orange, on pique une place de stationnement à la personne qui met son clignotant au dernier moment en le collant, l'empêchant ainsi de reculer. L'absence de vitesse élevée au sein des villes constitue un frein, si je puis dire, à la colère qui est susceptible de m'envahir sur une autoroute. Ce n'est pas plus mal. Donc une fois que l'on a pigé comment on conduisait à Paris, on relativise tout.
Mais sur les autoroutes, rien ne me fait relativiser. Ce qui me pose un problème, un très gros problème, ce sont les connards qui ne se rabattent pas sur la droite. C'est tellement bien la droite que je ne parviens pas à comprendre pourquoi ils persistent à la fuir.
Il y a deux catégories de connards, si l'on se place dans l'hypothèse d'une autoroute à trois voies :
D'une part, on trouve le petit connard. C'est celui qui reste constamment sur la voie du milieu. En d'autres termes, il n'ira jamais sur la file de gauche - ou alors en cas d'extrême urgence - et encore moins, et là est le drame, sur la file de droite. Pas question pour lui de se rabattre. La voie du milieu doit représenter la sécurité, l'espace puisqu'en effet, on ne se sent oppressé ni par la rembarde de sécurité que rencontrent les automobilistes qui prennent la file la plus à gauche, ni par la bande d'arrêt d'urgence située sur la file de droite. Donc le petit connard reste au milieu. Ce dernier recouvre 3 types d'individus :
Le vieux et bobonne. Oui, le vieux a peur de tout. Pas seulement de ceux qui sont plus jeunes que lui, mais aussi des rembardes de sécurité et de la bande d'arrêt d'urgence. Alors le vieux - le plus souvent au volant d'une bagnole de ... vieux genre Xantia, C 5, XM, Safrane 2, 605 - reste au milieu. Forcément.
La femme. Tss, tss, ceci n'est pas une remarque machiste, loin de là , mais le simple fruit d'un constat. La femme, quel que soit son âge, roule souvent sur la voie du milieu. D'ailleurs, je dois préciser qu'il s'agit de la femme seule. Celle-ci, au volant d'un large panel de voitures - de la caisse premier prix genre Fiat ou 106 (hein Blueb ?) ou modèle typiquement pétasse style nouvelle Mini ou Golf - demeure elle aussi au milieu. Invariablement. Là , j'avoue que je cale, je n'arrive pas à expliquer pourquoi les femmes seules ne se rabattent pas sur la file de droite. Je suis preneur de toute explication susceptible d'éclairer ma lanterne.
La père ou la mère de famille avec toute la tribu derrière. Ce qui est poilant c'est que l'on trouve systématiquement collé sur la vitre arrière le fameux autocollant "Bébé à bord" qui a pour but d'indiquer aux furieux du volant que le conducteur transporte une cargaison bien plus précieuse - et fragile - que les camions blindés de la Brink's. Je n'ai rien contre le fait de vouloir protéger sa famille, bien au contraire. C'est légitime. Du moins, j'imagine. Néanmoins, je ne parviens pas à comprendre comment ceux qui collent cette petite pancarte toute mignonne et sont donc prêts à s'insurger contre les automobilistes qui les collent de trop près ou roulent trop vite, persistent à violer les règles les plus élémentaires du Code de la route en demeurant continuellement sur la voie du milieu. L'explication me semble être la même que celle avancée pour les vieux : le milieu - ça fera plaisir à Bayrou - donne un sentiment de sécurité, de protection. Protéger ses enfants, c'est rouler au milieu, croient-ils ces chers parents au volant de leurs Xsara Picasso, Espace, 806, voire leurs break.
Face à un petit connard, il y a toujours une solution : la sacro-sainte voie de gauche. Pour une fois que j'apprécie d'aller à gauche, ne boudons pas notre plaisir. Dès lors, lorsque le petit connard, alors qu'il n'a personne sur sa droite, monopolise la voie du milieu, il suffit de mettre son clignotant et de le doubler logiquement sur sa gauche. Au passage, je vous invite immédiatement après avoir doublé l'olibrius en question à baisser votre vitre et à lui faire de grand signe avec votre bras pour lui indiquer qu'il doit se rabattre sur la file de droite. Généralement, c'est peine perdue : le vieux, la femme seule et les parents s'en cognent.
La chose est plus complexe lorsqu'on se retrouve face à un gros connard, enfin derrière un gros connard. Ce dernier est facilement reconnaissable puisqu'il a une fâcheuse tendance à monopoliser la file de gauche en bloquant les véhicules qui se trouvent juste derrière lui. On peut distinguer deux types de gros connards :
Le gros connard de circonstance. C'est celui qui s'aventure rarement sur la file la plus à gauche mais qui semble y trouver un plaisir non dissimulé une fois qu'il est dessus. On a le sentiment que prendre cette file constitue un défi, un challenge qu'il convient de relever. Alors, c'est l'aventure, on met le clignotant et hop, on s'engage sur la file de gauche pour doubler - doubler, vous vous rendez compte !? - le type qui est sur la voie du milieu. Et là , c'est l'extase, c'est l'orgasme, on est le Maître du monde, l'espace de quelques instants peut-être, mais le Maître du monde quand même. Alors, on fait durer le plaisir au volant de sa Super Cinq, de sa Polo 1994, de sa Skoda ou encore de sa Logan. Et pendant qu'on se fait plaisir, on emmerde royalement les dix types au volant de leur voiture (dont moi) qui piaffent d'impatience pour doubler notre connard de circonstance. Néanmoins, au bout d'un certain temps qui peut paraître bien long, le gros connard de circonstance finit par se décaler sur sa droite, vous permettant ainsi de le doubler. Mais ce n'est pas le pire.
Le pire, c'est le Gros Connard. Avec des majuscules s'il vous plaît. Il est facilement reconnaissable puisqu'il ne connaît que la file la plus à gauche. Il prend place dans tout type de voiture. Le Gros Connard, contrairement au gros connard de circonstance, a fait du plaisir - égoïste pour sûr - son credo. Le plaisir, la domination, oserais-je dire la virilité, c'est la file de gauche. Pas question de se rabattre. A aucun prix. Le Gros Connard estime que la route - qui se résume donc à cette voie de gauche - lui appartient et que personne d'autres que lui n'a le droit d'y rouler. Enfin si, mais derrière lui. Car s'il y a bien quelque chose qui l'agace, c'est quand on lui fait comprendre que justement son sentiment de domination n'est que feint et qu'il doit composer avec d'autres automobilistes.
Ces derniers, dans la plupart des cas, attendent que, logiquement, le Gros Connard se rabatte sur - dans un premier temps - la voie du milieu afin de passer. Mais non. Le Gros Connard persiste. Alors le conducteur situé immédiatement derrrière lui met gentiment son clignotant pour indiquer qu'il souhaite le doubler. Rien n'y fait. Et pendant ce temps, les kilomètres défilent. Deuxième semonce : l'appel de phares. Que dalle. Le Gros Connard vous ignore superbement. Troisième recours : se rapprocher de lui - au mépris certes du respect des distances de sécurité - pour le coller légèrement. Dans ce cas, le Gros Connard a une parade toute trouvée, sa spécialité : le petit coup de frein, tout léger, presque délicat qui vous oblige à votre tour à tester votre pédale du milieu, risquant de provoquer un accident pour peu que celui qui soit derrière vous vous colle aussi d'un peu trop près.
Quelle solution adoptée in fine face au Gros Connard ? Si l'on met de côté celle consistant à lui rentrer délibérement dedans, il convient malheureusement - au détriment là encore du Code de la route - de le doubler par la droite. Si le Gros Connard respectait ledit Code, l'automobiliste qui le suit n'aurait pas à en arriver à une telle extrémité. Jusqu'à présent, je n'ai jamais rencontré de Gros Connard vexé : il se laisse doubler sur la droite et ne semble pas outré plus que ça qu'on lui passe devant le nez de cette façon. Il continue son petit bonhomme de chemin, comme si de rien n'était. Cela en est presque frustrant.
Voilà , dans quelques jours, je vais retrouver mes potes les connards, les petits et les Gros. Qui violent impunément le Code de la route sans que les gendarmes qui bordent nos belles autoroutes de France ne lèvent le petit doigt pour sanctionner ces individus, lesquels rendent naturellement le traffic moins fluide. Je sens déjà la colère monter en moi.
Quelle bande de connards.