La tempête qui secoue Cape Town depuis 10 jours s'achèvera demain.
La plus forte de ces 26 dernières années. Je la regrette déjà. ça doit être ma celtitude.
J'ai toujours aimé les éléments déchaînés. Les tempêtes, les vents violents qui fouettent le visage au point de vous empêcher de respirer ou de se tenir debout ; la pluie en trombes ou en crachin qui s'insinue, au travers des écharpes, par l'encolure des manteaux et des pulls. Et puis la mer qui s'enrage, dont les vagues s'attaquent aux brisants présomptueusement érigés pour la dompter, et qui devient spectacle fascinant de sauvagerie et de violence.
Enfant, je ne voyais pas passer les heures à le contempler au bord de l'eau, indifférent à l'inévitable engueulade "Non mais t'as vu l'heure ? J'étais morte d'inquiétude" ou "mais tu as vu dans quel état tu rentres ?!".
à la Réunion, j'ai adoré les cyclones, quand les lames venaient s'éclater sur le mur du jardin, quand le vent couchait les cocotiers et que les routes devenaient torrents où ma voiture me montrait qu'elle savait nager.
Depuis jeudi dernier, le départ de mes guests, je suis sur les plages, sur les falaises, là où les vagues "pètent" le mieux. Les chiens en ont bien un peu marre mais la vue des serviettes, garantie de bouchonnage et de tripotage pendant au moins une demi-heure au retour, a raison de leur réticence. De toutes façons, pas question de rester à l'intérieur : y'a tempêêêête !!!
A Camps Bay, la plage disparaît. Seuls, les boulders résistent. On doit les conquérir. Sur le port, il faut remonter les 2km de la jetée en évitant les projections des vagues (et pour un d'entre nous, mordre dans l'écume). à Sandy Bay, certains rochers avancent dans la mer. On y est, le plus souvent, en sécurité et on peut voir les vagues éclater après nous avoir dépassés. Mais pas toujours.
J'y fais le vide, je m'y rince, m'y abandonne. J'y fais le plein, je m'y ressource, j'y puise de l'énergie.
Je n'ai jamais bien compris les gens qui se plaignent d'une baisse de moral parce qu'ils n'ont pas vu le soleil pendant plusieurs jours. Moi, j'adore le ciel plombé, la pluie qui dure des semaines, rentrer trempé et faire un feu d'enfer en écoutant la maison craquer sous le vent.
L'hiver me manquait quand j'habitais plus au nord en Afrique. Il y avait bien les saisons des pluies mais sans le vent ou le froid. La Réunion fut, pour moi, un cauchemar à ce niveau là. Tous les jours, en ouvrant les volets, pas la peine de se poser la question, on sait qu'il va faire beau. Inutile de réfléchir pour s'habiller, une chemisette suffira car il ne fait même pas froid (jusqu'à 63 j'en ai eu, des chemisettes. Je ne supporte plus ça !). Pfff...
Si j'ai appris à apprécier l'été, les +35°, les soirées dehors parce qu'il fait bon, j'ai besoin de l'hiver, du froid au dehors, de la nuit qui se pointe à 16:00, de porter des pulls, de rentrer bien au chaud à l'intérieur, de la vie qui s'organise autour de la cheminée. Paris est magnifique luisante sous l'éclairage des voitures et des réverbères. J'y allumais la cheminée en octobre. J'avais un plan pour le bois.
Heureusement que ce tapis bleu, qui était devant la cheminée, ne peut pas parler. ça me file une de ces pêches, l'hiver...
Demain, je vous raconte comment c'était la neige de cet aprèm.