C'est une bien curieuse affaire que cette libération des infirmières bulgares après huit ans de détention et d'attente. On se pose franchement beaucoup de questions. Qu'est-ce qui a décidé Kadhafi d'en finir avec cette histoire qui n'en finissait pas ? On ne sait rien du montant de la rançon, avancée au final par le Qatar au motif que l'Union européenne tarde à débloquer les fonds (on avance néanmoins la somme de 461 millions de dollars). Le même émir du Qatar, souvenez-vous, qui était présent aux côtés de Sarkozy lors du défilé du 14 juillet ! A qui on a refilé des Airbus, en passant. Mais que vient faire la France dans cette affaire qui ne la concerne pas et qui, en revanche, était suivie depuis longtemps au niveau européen ?
On se doute bien que le voyage de Claude Guéant et Cécilia Sarkozy n'avait pour but que de finaliser une opération montée de toutes pièces par la Libye. Mais pourquoi Paris ? Et le voyage à venir de Sarkozy à Tripoli, outre une bonne opération de relations publiques, n'apporte, a priori, pas grand-chose d'autre qu'une vague reconnaissance.
En revanche, on peut émettre quelques hypothèses. D'une part, Kadhafi a voulu se venger et récupérer le pognon qu'il avait été obligé de verser suite à l'arrestation du responsable libyen de l'attentat contre un avion de la PanAm qui avait fait 270 victimes en 1988 à Lockerbie en Ecosse. Comme quoi il a une longue mémoire et la rancune tenace. D'autre part, forcer la main des Européens en obtenant des garanties de normalisation des relations avec la Libye ?
Que Cécilia Sarkozy se soit greffée sur cette affaire qui ne pouvait qu'aboutir au résultat que l'on connaît est un excellent coup de pub pour cette dame ? on est content pour elle ? mais on n'en voit franchement pas la signification profonde. Si ce n'est que le camarade Kouchner, ci-devant ministre des Affaires étrangères, a été totalement étranger à l'affaire. Curieux.
Tout est bizarre dans cette histoire, voire obscur. Les acteurs ne sont pas à leur place et on ne peut s'empêcher de se demander quelle couleuvre il va falloir avaler. Cela dit, on est content de la libération de ces pauvres femmes dont le souci n'a jamais été d'inoculer le sida à quiconque et encore moins à des enfants.
On se prend à rêver que si l'Europe était réellement une puissance, il y a belle lurette que la Libye aurait été rayée de la carte.