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Encore un matin

7:30, le réveil. Pas possible, peux pas, appuyer sur le bouton pour 9mn de rab. Mais je sais bien que la journée est lancée. Debout. Les chiens, les saluer, leur donner à manger. La douche, pas envie de me raser aujourd'hui. La cuisine, mettre les quiches au four, couper le beurre, les fruits pour la salade, merde y'a plus de café. Personne ne bouge là haut, j'ai le temps de courir en acheter. Dresser la table, sortir le pain et les yaourts.

Même gestes que tous les matins. Pourtant, rien n'est pareil à hier. Ce matin, je suis lourd, vide, infiniment triste, aucune envie d'être là . C'est hier soir que tout a commencé, que je me suis réveillé, ai de nouveau éprouvé des sentiments.

Je n'avais pas prévu ça. J'avais embarqué une partie de mes guests, deux londoniennes plutôt marantes, et Jérome au Loft pour retrouver une partie de la bande. Margaret devait chanter. Habituellement, je fonds quand elle charcute du Piaf, en français, rien que pour moi. Dewet et Dave, récemment célibataires, Moses et son Peter, Martin et son minou, une autre Margaret et son soutien gorge, le beau Jacques et son p'tit cul et mon mari... (mon ex mari, c'est comme ça qu'on doit dire ?). Bref, tous les ingrédients pour passer une soirée agréable et chaleureuse.

Au passage de la porte, j'ai senti un truc bizarre. Comme un poids sur le coeur, sur les épaules, une grande fatigue. Mais enfin qu'est ce ?! Allez, on se secoue et on se bouge ! ça ira mieux à la deuxième vodka.
Ben, en fait, non. Même après la quatrième, ça n'allait pas mieux.

Tout en parlant, je ne pouvais m'empêcher de regarder Schalk (ben oui, mon mari s'appelle Schalk. Prononcez Skaoeulk. Cherchez pas, ça demande des mois de pratique pour y arriver correctement) et j'entendais mon coeur fondre en larmes. Ce type, face à moi, n'était plus mien. Je ne le connaissais pas. Et même, est-ce que je l'avais vraiment connu ? La cellule à part que nous formions n'existait plus. Mais avait-elle vraiment existée ?

Il m'était de plus en plus difficile de soutenir la conversation. Je me sentais à bout de souffle, emporté par une déferlante de tristesse comme jamais. La soudaineté et la violence avec laquelle cette constatation frappait m'empêchait de respirer. Mais alors, c'est pour de vrai que cette histoire est finie ? Mais c'est impossible, c'est lui le bon, celui avec qui j'allais continuer de construire, être heureux et vieillir. On se l'était même dit, promis. On s'y était engagé, ensemble. Et moi, j'étais terriblement sincère lorsque je m'y suis engagé puisqu'il s'agissait d'une évidence. Non, ça n'est pas possible, y'a un truc qui déconne.

Mais plus je le regardais, plus je sentais qu'il n'y avait rien qui déconnait. Il n'est pas celui que j'ai aimé, c'est tout et terriblement évident. Son visage inexpressif, son attitude égoïste, ce n'est pas lui. S'il était bien celui d'avant, il aurait répondu à mes appels à discussion. Mais depuis notre séparation, rien. Il a évité toute possibilité de conversation, toute rencontre qui aurait permis une explication. Constructive ou définitive peu importe.

Et j'ai commencé de le regarder comme un lâche. Je me suis assis dans un coin, à l'abri des dos qui poursuivaient la soirée. Un épouvantable désir de ne pas être là à faire ce constat. Oui, c'est un lâche, un traite. Un seul endroit où je voulais être, c'était roulé en boule avec les chiens sur leur matelas qui pue dans leur chaleur, mon visage sur leurs flancs, leurs respirations calmes et leur amour inconditionnel entre mes bras.

Pas vraiment certain que ce déclic en public soit passé inaperçu, je suis rentré. Et c'est en fumant ma dernière clope dans le jardin que la douleur m'a clouée. Terrassante, au sens premier du mot. Il n'y avait plus d'air pour respirer, pour dégueuler.

Il est possible qu'avec le temps je change d'avis. Je ne peux pas dire que je l'espère. Mais aujourd'hui, je ne veux plus aimer. Jamais. Ne plus jamais plus y croire, s'abandonner, s'ouvrir, se confier, moi con fier.

Parce qu'il y aura 6 ans demain, jour pour jour, j'ai accepté d'y succomber et que ça fait trop mal.


Source : hautetfort.com
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