PARIS - Pierre Mauroy se dit "résolument opposé" à la proposition de Jack Lang de supprimer le poste de Premier ministre, qu'il juge "dangereuse" dans un entretien publié jeudi dans "La Croix".
"Je suis résolument opposé à la proposition de Jack Lang. Il s'agit d'une proposition dangereuse, parce que cela reviendrait à toucher à un équilibre subtil mais fort", explique l'ancien Premier ministre socialiste. "Le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral ont déjà accru le pouvoir du président de la République".
Il souligne en outre que l'actuel chef de l'Etat "veut être au courant de tout, tout commander" et "laisse très peu d'espace à son Premier ministre". "Je crois que c'est dangereux, car le pouvoir appelle le renforcement du pouvoir".
Pour le président de la communauté urbaine de Lille, "si l'on continue dans la voie d'une présidentialisation accrue, la France se dirigera vers un régime bonapartiste. Cela serait quand même extraordinaire que la République de 1789 se termine ainsi".
Pierre Mauroy confie qu'en tant que chef du gouvernement de François Mitterrand, de 1981 à 1984, il a eu "le sentiment d'avoir servi à quelque chose". "Les charges du pouvoir sont telles qu'elles ne peuvent peser sur le seul président. S'établit entre lui et son Premier ministre un équilibre", poursuit-il.
Il est cependant "urgent de donner plus de pouvoirs aux parlementaires et de réformer le Sénat, trop désuet", estime l'ancien Premier ministre. "Sinon, je reste favorable à un régime parlementaire, mâtiné d'une dose de présidentialisme. Aller au-delà, supprimer le poste de Premier ministre, reviendrait à céder à la tentation du despotisme. Je mets en garde contre cette tentation". AP