PEUT ON CONCILIER SES AMBITIONS AVEC SES CONVICTIONS ?
L'article ci après reproduit du JDD va peut être apporter une réponse au nouveau ministre des affaires étrangères !
Bernard Kouchner le sait, rien ne lui sera épargné. Offrant par la fragilité de son assise ministérielle une fenêtre de tir à ses anciens partenaires socialistes, il sera une cible privilégiée. Encore ce jeudi, François Hollande a déclaré que l'ignorance par le ministre des Affaires étrangères d'un accord militaire suite à la libération des infirmières bulgares posait "un problème de transparence et de contrôle de l'exécutif".
Paraître ou ne pas être. A la gauche du président, les yeux baissés sur ses chaussures, écoutant Nicolas Sarkozy saluer le travail de sa femme, Bernard Kouchner médite alors sans doute sur la liste des dossiers qui échappent à son administration. Et ce n'est qu'un début. L'image date du 24 juillet, au lendemain de la libération des infirmières bulgares après l'aller-retour express de Cécilia Sarkozy et Claude Guéant sur le territoire libyen.
Autant de couleuvres difficiles à avaler pour Bernard Kouchner, symbole de l'ouverture, dans un ministère dont la fonction diplomatique se voit peu à peu réduite comme peau de chagrin. Moins par l'intervention de "Super Cécilia" d'ailleurs, que par la montée en puissance de la cellule diplomatique de l'Elysée dirigée par Jean-David Levitte, qui traite la plupart des dossiers en direct. Et c'est peu dire que le très susceptible ministre du Quai d'orsay a parfois du mal à digérer

Converti au cynisme politique
D'autant que ses ex-amis socialistes ont l'art d'appuyer là ou ça fait mal. Ainsi, auditionné à huis-clos devant la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale sur les conditions de la libération des infirmières bulgares, Bernard Kouchner n'a pas été ménagé. Qualifiés de "confus","les échanges ont été vifs, le ministre était mal à l'aise, agressif, avec une façon de papillonner et de passer du coq à l'âne" a commenté le député PS François Loncle avant de porter l'estocade dans Libération : "Il est aux anges d'être installé là où il est. Dans son passé, il s'est longuement élevé contre la realpolitik, aujourd'hui, non seulement il l'a supportée, mais en plus il se moule dans le cynisme politique".
François Hollande estime que Bernard Kouchner ignorait tout des conditions de la libération des infirmières bulgares par la Libye le 24 juillet, ce qui pose selon lui un grave problème de transparence de l'exécutif. "Le pire, c'est qu'il ignorait tout de cette affaire", a déclaré le Premier secrétaire du Parti socialiste jeudi sur France 2. "Quand dans un régime démocratique comme le nôtre, le ministre des Affaires étrangères ne sait même pas qu'il y aurait eu un accord militaire, je crois qu'on est là dans une omniprésidence qui pose un problème de transparence et de contrôle de l'exécutif", a-t-il ajouté. François Hollande réagissait aux déclarations du fils du dirigeant libyen, Saïf al Islam Kadhafi, qui a affirmé au journal Le Monde que la Libye allait signer un contrat d'armement avec la France.
Un problème de transparence
Toujours rappelé à ses idéaux par ses anciens amis, Bernard Kouchner navigue sur une mer bien instable. D'autant qu'il ne sera sans doute pas non plus le ministre le plus défendu par la droite, tant les députés UMP sont encore fâchés d'avoir vu des postes leur échapper. Une fenêtre de tir idéale pour l'opposition.
Mais le ministre des Affaires étrangères qui s'attendait à être une cible privilégiée et facile de ses anciens compagnons politiques a tenté de répliquer. Moins sur le fond du dossier, assurant que le document signé pour la livraison à la Libye d'un réacteur nucléaire n'était qu'un protocole, occultant complètement le dossier "vente d'armes", que sur la forme. Se déclarant ironiquement "très heureux" de la "sollicitude" des socialistes "par rapport à la place du ministère des Affaires étrangères dans ces négociations", il a lancé : "Le ministère existe, le ministre aussi" ajoutant qu'il n'avait pas été "terrorisé".
"Méchant, gratuit, sectaire"
"Tout cela c'est de la bouffonnerie" a-t-il par la suite claironné sur RTL, dénonçant un "faux procès" de la part de ceux "que cela gêne qu'il y ait eu un succès de plus de Nicolas Sarkozy, et même de Cécilia". "C'est méchant, gratuit, sectaire, et vraiment cela entretient une atmosphère détestable", a-t-il poursuivi. Bernard Kouchner s'en est notamment pris à François Hollande : "Pauvre François, pourquoi il fait le méchant, pourquoi il fait semblant d'être méchant en permanence?"
Kouchner a, par ailleurs, rappelé que la primauté du président de la République en politique étrangère était un fait constant sous la Ve République. "Ca ne se passait pas comme ça sous Mitterrand? Ca ne se passait pas comme ça sous Chirac?", a-t-il feint de demander. "Il a fallu que je leur rappelle que j'ai, avec madame Danièle Mitterrand, que je respecte et que j'aime, fait des trucs beaucoup plus graves, beaucoup plus illégaux, et ils ne protestaient pas à ce moment là ".
Reste à savoir combien de temps le très médiatique Bernard Kouchner acceptera de voir le couple présidentiel courir après les succès sous les feux des projecteurs, laissant à ses seules compétences les dossiers complexes et fastidieux. D'autant que ses compagnons de toujours ne seront sans doute pas les derniers à lui rappeler régulièrement la liste des dossiers qui lui auront échappé. Qui aime bien, châtie bien.