Quelques foulées pour monter la première pente et basculer dans la descente, prendre un peu de vitesse, trouver le rythme qui devra me permettre de tenir. Tenir.
En ce matin estival, le parc de Pignerolle a su s'habiller d'un adroit découpage d'ombre et de lumière qui lui donne l'air frais et bucolique. Je viens de partir pour mon court footing tranquille, en espérant aller jusqu'au bout sans craquer.
C'est dans ce même parc qu'il y a des années, je venais avec le collège pour les insupportables séances d'endurance.
Dans mes souvenirs de l'époque, c'était un lieu obscur rongé par l'humidité de novembre où les arbres à demi endormis prenaient un malin plaisir à me regarder souffrir dans ces fins d'après-midi de torture. Je détestais cet endroit. Il me mettait seul, face à moi-même, face à mes difficultés, moi l'asthmatique enrobé incapable de suivre le rythme des autres garçons. Il me mettait en colère après moi. Après les autres. Après cette perfide pointe de côté qui commence déjà à me pincer. Je me sentais parfois souvent honteux de ne pas pouvoir faire mieux.
Pignerolle était mon cauchemar, ma hantise, l'endroit tant redouté et pourtant inévitable dans lequel il fallait revenir chaque année. A tel point que je sentais l'angoisse monter pendant le trajet en car qui nous amenait sur le lieu de souffrance. C'est avec bonheur que j'ai vu les années passer et l'endurance disparaître de mon programme après le bac (au profit de la mécanique ondulatoire ... tiens, je ne suis pas sûr d'avoir gagné aux changes, en fait ;-) ).
Et puis en 2005, alors que Pignerolle avait rejoint le grenier au musée de mes souvenirs bien enfouis, je me suis laissé convaincre par des copines. Juste un petit footing en fin d'après-midi après une joyeuse journée de cours (oui les jours de cours ont souvent été joyeux pendant mes études). C'était en mai, j'ai redécouvert l'endroit sous un jour si différent. Un jour de fou rire, un bon moment.
Depuis j'y retourne de temps en temps le matin lorsque j'en ai la possibilté pour y relever mon petit défi personnel, pour apprécier ces jeux de lumière dans la verdure, pour apprécier cette sensation.
Pour savourer ma revanche, tout un symbole pour moi. Des années après mes petites galères passées, j'aime beaucoup cet endroit.